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Jeudi 29 juin
Risque d'averses
Temp Min : 14 °C
Temp Max : 20 °C
Chroniques Wallonnes : traductions

Lettre à mon maître ...

Ce matin, tu étais déjà debout, tu faisais tes bagages.
Tu as pris ma laisse ...
Que j'étais content !
Une promenade avant les vacances ...
Nous sommes partis en voiture ...
Tu t'es arrêté au bord de la route, la porte s'est ouverte, tu m'as lancé un bâton ...
J'ai couru, je l'ai attrapé ...
Mais quand je me suis retourné pour te l'apporter, tu avais disparu !
Pris de panique, j'ai couru dans tous les sens pour te retrouver, mais c'était en vain !
De jour en jour, je m'affaiblissais, un homme s'est approché de moi, et je me suis retrouvé en cage.
C'est là, dans ma prison, que j'ai attendu ton retour, mais jamais tu n'es venu La cage s'est ouverte ... Ce n'était pas toi, c'était cet homme qui m'a ramassé.
Il m'a conduit dans une pièce qui sentait la MORT ...
Mon heure était venue ...
Cher maître, je veux que tu saches que, malgré ce que tu m'as fait, c'est ton image qui me revenait avant mon dernier soupir et si je pouvais revenir sur terre, c'est vers toi que je retournerais car, vois-tu, MOI JE T'AIMAIS ...
Source : Internet
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Détente ...

Le matin, entendre un récital de gazouillis aériens dans les arbres.
Distinguer le moineau de la mésange, la femelle du mâle.
Regarder le premier rayon de soleil dévoiler la poussière qui danse, légère, dans son rayon de lumière puis faire briller la dentelle sur la tablette de cheminée avant de nous caresser l'épaule.
A peine levé, sortir en training, pieds nus dans l'herbe encore humide et humer l'air frais du matin.
Déjeuner sur la terrasse avec trois tartines roties, de la confiture aux groseilles et une tasse de café bouillant.
Chipoter un peu dans la pelouse, couper deux ou trois mauvaises herbes rebelles, remettre une pierre en place, passer un coup de balai sur la terrasse et encourager les efforts d'une fleur étouffée sous un buisson, en sachant qu'elle naîtra, parce que la vie trouve toujours son chemin.
Manger sous un parasol des sardines grillées, des patates "pétées" et une énorme salade pleine de tomates, d'olives, d'oeufs durs coupés en lamelles, de carrés de feta et de petits lardons.
Se coucher sur l'herbe tendre et fraîche pour faire une bonne sieste sous l'ombrage protecteur d'un arbre, les mains croisées sous la tête en guise d'oreillé et " écouter " l'après-midi s'écouler paisiblement.
Pendre les draps au soleil couchant et les regarder voler au vent réveillé.
Passer un gros pull de laine aux premières fraîcheurs du soir pour achever la journée autour d'une table avec trente deux cartes, des emballages divers, des tierces, des carrés et des capots.
Allumer deux ou trois bougies dans la nuit pour terminer la partie.
Regarder vaciller les petites flammes en écoutant Glenn Miller ou Brel, question d'humeur.
C'est une journée de détente. Et c'est pour bientôt ... Patience ...
Pol Soumillon
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Miracle ...

Un minuscule cylindre vert, trois centimètres, pas plus, de la terre à la tête.
Un millimètre de section; et c'est dans cette tige minuscule que la vie trouve son chemin; c'est par là qu'elle monte.
Au sommet, posée dessus ce pied si fin, comme une couronne sur le crâne d'un enfant, une boule verte constellée de points jaunes.
Et, tout autour, la ceinturant comme un tutu de fête, les quarante et quelques ailes blanches qui dansent au vent léger; les pétales.
J'ai trouvé cette pâquerette dans l'herbe épaisse de mon jardin.
Elle fut promesse dans la pluie d'automne, un espoir dans la boue de décembre et germa en silence sous les neiges de janvier.
Février l'a accouchée et la voici naissante au premier matin de mars.
"Bellis perennis" n'a pas attendu Pâques pour s'offrir à mon regard ravi.
Je ne l'appellerai donc point pâquerette ou pâquerolle, mais "marguerite des prés".
C'est me première fleur de l'année.
Un amuse-gueule de printemps, comme un doigt de pâte volé au plat bien avant que ne cuisent les gaufres.
Le fer de la faux ne la coupera pas, le cuir de la chaussure ne l'écrasera pas; seule la main de l'enfant pourra délicatement la tirer de la terre pour l'offrir à sa mère.
Pour moi, un poisson est un bien plus grand miracle que le plus grand et plus beau des bateaux; pour moi, une hirondelle est un bien plus grand miracle que le plus rapide des avions; et pour moi, cette pâquerette est un bien plus grand miracle que toutes les mers tropicales réunies.
Pol Soumillon
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Printemps ...

Le cinquième jour de février, fut pour moi, somme toute assez semblable aux autres.
L'aube était certes moins humide que les précédentes et elle offrait quelques moutonnements célestes aux reflets d'ocre et d'or, mais rien ne laissait présager de révolution météorologique.
C'était un matin d'hiver, et d'hiver seraient encore le suivant et pas mal d'autres encore.
Je suis donc parti au boulot couvert comme de coutume de mon écharpe et de ma grosse veste.
Avec des attitudes d'homme frileux, les pastilles Valda dans la poche gauche, les mouchoirs en papier dans la droite.
Avant de m'asseoir au bureau, j'en avais déjà consommé deux ou trois de chaque.
De mon antre citadin, j'aperçus, il est vrai, de la lumière, du soleil et même quelques jeunes filles assez court-vêtues de passage dans la ville.
Mais l'écran du PC ne brillait pas davantage que la veille et rien ne m'inclinait à diminuer l'intensité du chauffage central, ni à ouvrir la fenêtre.
Furtivement, j'ai du rêver de primevères, de fraises, de barbecue et d'apéro, de crèmes glacées.
Mais ce n'était hélas qu'images fugaces, petits désirs légers vite effacés par la réalité bureautique.
J'avais davantage besoin de grosse soupe bouillante et de pommes de terre fumantes qui vous tiennent chaud par l'intérieur.
L'après-midi s'est étirée, comme alanguie entre les problèmes courants et les solutions classiques.
Elle s'est achevée sans surprise et j'ai repris ma veste, habité déjà des saveurs du souper qui m'attendrait en compagnie de quelques amis que nous avions invités ce soir là.
Lorsque j'ai franchi la porte d'entrée -muée pour l'occurence en porte de sortie-, j'ai senti confusément qu'il s'était passé quelque chose !
Mais quoi donc ? Il me fallut quelques secondes pour réaliser qu'il faisait clair ! Plus très clair il est vrai, mais indéniablement clair.
J'ai souri : Sur le chemin du printemps, le plus dur était fait ...
Pol Soumillon
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Café ...

Rentrer d'une partie de glissades avec les enfants dans le jardin, le dos tremblant de froid, les doigts et les orteils menacés d'engelure, les lèvres fendues par la gercure, le nez rouge et suintant, les joues piquantes et l'intérieur frissonnant.
Oter la grosse veste doublée, mais garder un moment encore l'épais pull de laine tricotée "maison"; libérer, au plus vite, les mains et les pieds pour les poser, au plus vite, sur le radiateur.
Ensuite, quelques instants plus tard, pantoufles chaussées, emplir d'eau le compartiment inférieur de la petite cafetière italienne, puis, calmement, sans hâte superflue, garnir la partie "filtre" de café odorant bien tassé; visser par-dessus la partie supérieure avec son bec verseur; mettre sur le feu et attendre.
Quelque cinq minutes plus tard, capter la délicate et suave odeur de la mouture brulante, juste avant la musique bouillonnante du café en train de passer.
Retirer de la source de chaleur, choisir une bonne tasse de porcelaine; y jeter deux morceaux de sucre candi (et un nuage de lait pour ceux qui aime ... moi personnellement je le préfère noir).
Empoigner la "manique" de la cafetière; verser lentement le café bouillant sur le sucre en relevant la cafetière pour allonger le jet et se gaver ainsi des senteurs exquises émanant de cette réaction.
Remplir la tasse aux trois quart.
D'un calme et régulier mouvement de la cuillère, homogénéiser café et sucre (et éventuellement lait); une fois le mélange réussi, déposer la cuillère et porter la tasse aux narines en laissant le visage profiter de la chaleur irradiée.
Du bout des lèvres, la langue à l'abri, aspirer d'abord un peu de breuvage brûlant; le laisser stationner un moment dans la bouche avant de l'avaler; savourer l'assaut voluptueux de cette chaleur intérieure.
Déguster toute la tasse à lentes gorgées; puis la déposer et fermer les yeux pour garder le plus longtemps possible au fond de soi l'émotion du vrai café.
Pol Soumillon
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Connaissez-vous les bienfaits du "froid de canard" ?

En voici deux ou trois, jetés pêle-mêle à votre sagacité ...

- Par un froid de canard, pas de danger que les moustiques viennent vous casser les pieds pendant la nuit :
- Par un froid de canard, vous pouvez sortir du super-marché avec des surgelés, les déposer dans le coffre de la voiture et vaquer à d'autres occupations sans crainte que ce séjour prolonger hors du congélateur n'interrompe la chaîne du froid :
- Par un froid de canard, vous pouvez oublier de sortir les poubelles le jour du passage des camions de ramassages, elles passeront bien une semaine de plus dans la cave sans se mettre à répandre une odeur pestilentielle :
- Par un froid de canard, l'herbe ne pousse pas, personne ne vous fera remarquer qu'il serait temps de tondre :
- Par un froid de canard, vous pouvez prendre un petit coup de rhum sur l'heure de midi, vous ne passerez pas pour un vieil ivrogne :
- Par un froid de canard, on peut marcher dans le quartier presque en sécurité, les enragés du virage coupé craignent la neige et le verglas :
- Par une froid de canard, on peut oublier de remonter de la bière et du vin blanc dans le frigo pour les déguster entre amis, ils sont toujours frais en venant de la cave :
- Par un froid de canard, on peut marcher en forêt sans risquer de se faire renverser par les maladroits du VTT; ceux qui sortent en hiver savent conduire un vélo :
- Par un froid de canard, pas besoin de payer la patinoire, la carrière du coin est géniale pour réaliser de longues glissades avec les enfants :

En voyez-vous d'autres ?
Pol Soumillon
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Aimez-vous le brouillard ?

Moi bien ! Naturellement pas au volant de ma voiture, quand la route, déjà si piégeuse par temps clair, devient un véritable traquenard semeur de mort et de désolation.
Mais pour le promeneur serein, la brume même épaisse n'est pas un grand danger; juste un nouvel élément dans le décor qu'il importe d'apprivoiser et même d'apprécier.
Le brouillard, c'est un peu comme une nappe de mystère étendue sur les images banales du quotidien.
Vous sortez à peine de chez vous, qu'il bouleverse déjà vos habitudes.
Votre parcours dont vous croyez connaître les moindres contours et recoins disparaît en fondu à moins de cinquante mètres.
Essayez donc de vous rappeler les couleurs des châssis de telle ou telle maison ...
Pas si évident qu'on l'imaginait.
Il faut s'approcher pour peu à peu préciser la perception.
Tiens, les volets de la maison du coin sont bleu marine ... Ma mémoire me les disait vert bouteille !
Deux personnes et un chien avancent vers moi sur l'autre trottoir ...
Serait-ce les voisins qui rentrent de leur promenade ?
Non, la silhouette est trop grande et l'animal trop petit.
Ils s'approchent, je crois deviner un chapeau sur la tête de l'homme.
Ce doit-être Yves ... les voici enfin à ma hauteur ... tout faux, c'est Jean, je ne lui connaissais pas de chien; il est vrai qu'il a l'air tout jeune, ils viennent sans doute de l'adopter.
Voici les carrières et le bois un peu plus loin, la brume flotte comme un sortilège au-dessus des eaux sombres; les "mottes" de détachent à peine dans le brouillard.
Je m'enfonce à grandes foulées dans cet univers de silence, de pénombre et de mystères latents ...
Si je quitte le sentier qui traverse le bois du Scu, je crains de me perdre.
Demain, tout aura repris sa forme, sauf l'avenir qui gardera sa part de secret.
Pol Soumillon
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FEMME IDEALE ...

"Une femme souriante, spontanée, drôle, intelligente, aux longues jambes, la silhouette élancée, portant, sous un tailleur classique, ou une minijupe, des sous-vêtements coquins".
Ma femme va croire que je parle d'elle ... Mais non chérie, tu es beaucoup mieux que ça.
La description ci-dessus, c'est celle de la femme idéale d'après un sondage de l'IFOP.
Problème pour les célibataires (ou pour les maris désireux de changer de compagnes ... mais oui, vous savez, comme un club de foot change d'entraîneur ...) cette nana-là, ne court pas les rues.
D'ailleurs, d'après ce que je sais, on rencontre énorméments de dames souriantes ou spontanées ou drôles ou intelligentes ou pourvues de longues jambes ou élancées ou bien fringuées ou sous-vêtues de dessous chics et coquins, mais le cumul est beaucoup moins fréquent et le grand chelem carrément exceptionnel.
De belles crapuleuses, de ravissantes idiotes, de moches intellectuelles et de cupides allumeuses, il y en a plein les boulevards et les grands places.
Des filles correspondant au signalement du sondage, on en trouve nettement moins.
Notez que ce concept de femme parfaite n'a franchement guère d'intérêt.
La compagne idéale, c'est bien celle qui vous fait frissonner de la tête aux pieds, en passant par les endroits encore plus stratégiques de votre virilité et qui parvient à maintenir la "tension" au fil des années.
Peu importe qu'elle soit sculpturale ou mal foutue, géniale ou niaise, grosse ou filifrome, élégante ou mal fagotée.
C'est le résultat qui compte et que l'amour dirige notre vie ....
Pol Soumillon
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Capucin

Quelques coups de pioche et de pelle au fond du jardin, pas plus de dix minutes pour creuser le trou, car la terre était fragile et gorgée d'eau.
Au fond du trou, dans l'argile et les cailloux, nous avons déposé Capucin endormi pour toujours dans son suaire improvisé.
A son côté, une petite fleur de tendresse et puis la terre pour le couvrir et protéger son repos.
Avant que j'achève de fermer la tombe, ma fille a piqué une tige de rose dans la terre meuble.
La fleur rouge du souvenir et de l'amour se dressera quelques jours au-dessus des feuilles qui tiennent lieu de monument funéraire à Capucin.
Tandis que je rangeais les outils à la cave, la petiote, les larmes au bord des yeux, est restée un long moment silencieuse, agenouillée au bord du petit monticule de terre et de feuilles.
Je suppose qu'elle priait à sa façon.
Moi, j'ai adressé une petite pensée à Capucin.
Capucin était un lapin blanc; venu deux ans auparavant, le jour de son anniversaire, petite boule blanche et douce.
Il est reparti sans prévenir; un soir, avant de dormir elle s'est approchée de Capucin avec une carotte, Capucin n'a pas réagi, les larmes ont coulé longtemps.
Le lendemain, elle m'a parlé d'un rêve ou le petit rongeur jouait sur un nuage avec "plein de lapins blancs".
Mais qui sait si elle n'a pas raison ?
Allez savoir où partent tous ces petits animaux familiers qui, pour quelques graines et quelques bouts de céleri, offrent tendresse et présence à un enfant.
Est-il donc si naïf de leur imaginer un au-delà libre et paisible ?
Elle ne pleure plus en songeant à Capucin, mais elle ne l'oubliera pas, elle l'emportera dans un coin de son coeur sur un chemin jalonné de bonheurs plus intenses et de deuils plus douleureux.
Lorsqu'elle lèvera les yeux au ciel, les nuages blancs lui rappellerons toujours ce copain qui a partagé un court moment de sa vie.
Pol Soumillon
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Cochon


Vous savez sans doute que dans tout homme, il y a un cochon qui sommeille, d'aucuns prétendent que chez la femme, il ne sommeille pas, il s'agite; et chez certaines, de belle façon ...
Mais là n'est pas mon propos aujourd'hui, ne vous en déplaise ...
Je ne veux en effet pas vous parler de la libido de l'homme, mais de celle du cochon qui vient de faire l'objet d'une étude approfondie et professionnelle des services vétérinaires suisses.
Il faut savoir que les éleveurs helvètes ont renoncé l'été dernier à nourrir leurs bêtes avec de la farine animales compte tenu de l'inquiétude des consommateurs relative à la crise de la vache folle (ben tiens ...).
On ne refait pas l'historique, mais en deux mots, souvenez-vous que les bovidés britanniques sont devenus zinzins après avoir boulotté de la farine de moutons, eux-mêmes atteints de tremblante.
Histoire d'éviter l'apparition d'une maladie du "cochon fou", déjà qu'ils peuvent contracter la peste porcine, on a depuis gavé les porcs au soja (aïe, pourvu qu'il ne soit pas transgénique).
Et voilà que ces charmants animaux réputés pour leur libido dévorante sont presque devenus inoffensifs côté zigounette.
Les truies ne sont plus en chaleur et cela ne chagrine guère les verrats qui ne s'y intéressent plus.
De là à associer la puissance sexuelle à la consommation de bidoche, il y a un pas que mon boucher franchirait sans hésitation.
Reste à savoir quel crédit accorder à cette histoire.
Car, voyez-vous, de quoi donc vivent les éleveurs de porcs ?
Du commerce de la viande bien évidemment.
Il est donc manifestement de leur intérêt de nous convaincre que le bon accomplissement du devoir conjugal passe d'abord par une grosse assiette de cochonnailles, saucisse, pâté, hure et jambon.
Mais franchement, quelle dame serait assez sotte pour croire qu'elle va attirer les gars avec ... un boudin ...

Pol Soumillon

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Photo Rita G


Comme chez les Ch'tis, j'ai bré ...


Le jeudi de l'Ascension, un tambour-major avec un coeur sensible comme une peau de timbre, est venu boire une bouteille de Champagne avec moi... Il y avait 20 ans qu'il ressentait les mêmes émotions. On s'est compris...
J'ai bré...
Le dimanche je me suis glissé dans la peau de mon ami Claude (il y a de la place), et j'ai vibré avec les premiers « ra » des tambours...
J'ai bré...
Le soir, j'ai vu défiler la compagnie et parmi les sapeurs, les deux plus petits étaient mes petits-fils...
J'ai bré...
A la prise du drapeau, j'ai admiré cette superbe prestation de vrais marcheurs avec toute la dignité et la conviction qui font de Gougnies un exemple cité...
J'ai bré...
Juste après la magnifique sonnerie de Bernard Nicolas, le canon de nos artilleurs a pulvérisé le silence de recueillement d'un village sous le charme de ses traditions...
J'ai bré...
Assis sous le soleil d'une météo généreuse, j'ai entendu dans un horaire parfaitement respecté les musiques de nos amis évoquer la Sambre et la Meuse avec un talent indéniable, c'était beau...
J'ai bré...
Après la rentrée, quand la châsse quitte notre village, j'ai voulu voler 10 secondes à celle que je vénère depuis plus de 55 ans, et un gugusse ma repoussé en me criant « non! ».Heureusement, un adjudant gougnacien a perçu la situation et m'a permis de me glisser sous le reliquaire que je respecte, quoi qu'en pense celui qui m'a confondu avec un terroriste ! J'ai béni mon beau-frère adjudant...
J'ai bré...
Le mardi, à la remise des médailles, les enfants de l'école ont applaudi un des leurs... Bravo, les institutrices, vous avez compris, je vous embrasse et sachez que...
J'ai bré...
Un ami de Chouzé logeait chez moi (un viticulteur, ha ha ha), et quand il a quitté le peloton des sapeurs pour prendre la direction de l'Indre-et-Loire, sa glacière contenait des vitoulets et de la tarte à la cassonade. Je l'ai vu s'éloigner et...
J'ai bré
Et maintenant, je vous écris ce que mon coeur de marcheur partage entre ses oreillettes de traditions et ses ventricules de bon sens, et « plitch » ça tombe sur mon clavier... Je bré...

Texte original de Jean Marcelle - Adaptation wallonne Pol Soumillon

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AVRIL ...


Avril s'étire, avril s'étend, avril s'alanguit de petits matins glacés en après-midi alourdies par les fenêtres du bureau qui captent la chaleur du soleil aveuglant.
Avril s'endort dans ces soirées encore fraîches mais déjà si claires où le cercle rouge du couchant se répand sur les prairies et les champs tandis que monte à l'opposé le disque pâle de la pleine lune.
Le village est hésitant entre froidure et lumière; entre gamines en tenue de vacances découvrant leurs épaules blanches et vieilles dames frileuses couvertes comme pour braver le gel de février.
Le cornet de glaces n'a pas encore tout à fait pris la place de la gaufre chaude et le café bouillant garde ses défenseurs.
Entre laine et coton, avril s'étonne de son ciel bleu, où se cache la pluie de printemps qui rendrait vigueur aux gazons et aux arbres fruitiers.
Avril s'inquiète, l'averse sera-t-elle pour l'été ?
Avril galope sur les routes secondaires, sur les rues de quartiers, sur les sentiers, sur les chemins de halage, les joggeurs refleurissent en bouquets multicolores.
Avril livre ses premières balles, petites gouttes blanches de printemps au-dessus des clochers, les frappeurs les renvoient vers le trapèze où les cordiers les cueillent comme fruits encore verts.
Avril s'émeut, les canards frayent avec les canes, les chats avec les chattes, les poissons avec les poissonnes, les garçons avec les filles, il y a du trouble et du frisson dans l'air.
Derrière un cerisier en fleurs, mai attent son heure, sereinement, sûr de son fait.
Dans quelques jours, le temps se mettra au muguet, les peaux se hâleront et les jardins sentiront bon la viande grillée ...


Pol Soumillon

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Attendre

Avez-vous déjà passé trois quarts d'heure d'attente dans une queue serrée, mais docile avec, en guise de terre promise, au bout de la traversée d'un désert surpeuplé, l'attraction vedette de Walibi, Disneyland ou Bellewaerde ?
Etrange résumé de la vie !
On y rencontre, on y côtoie des centaines d'humains habités par la même aspiration.
Mais la plupart demeureront toujours anonymes.
On se contentera d'imaginer leur vie, leurs qualités et leurs défauts sur leur mine, leur allure et leur façon de dompter l'impatience.
A moins que l'on ne leur manifeste rien d'autre qu'une totale indifférence.
Parfois, cependant, on nouera le contact; surtout si l'anonyme qui chemine à vos côtés est blonde, jolie, les lèvres pulpeuses, la poitrine généreuse et le regard digne des plus beaux lagons des mers du Sud.
Après un regard; un sourire, quelques phrases seront peut-être le préambule d'un échange d'adresses et le début d'une relation qui pourrait devenir amitié (plus peut-être). Ces gens qui marchent tous vers le même but sont pourtant éclatés dans toutes les directions par la magie des couloirs formés de barrières ou simplement de cordes qui feignent de les disperser
alors qu'ils les canalisent.
Tiens, la jeune demoiselle qui était tout à l'heure juste à mes côtés; seuls cinq centimètres nous séparaient lorsque nous nous sommes croisés dans la file; je l'aperçois maintenant loin devant moi, mais toujours dans le même sens.
Tiens, la file avance de quelques mètres.
Elle disparait vers le quai d'embarquement tandis que se prolonge mon attente, devenue soudain plus monotone.
Tous nous progressons insensiblement mais inexorablement vers le même dénouement.
Les tricheurs (il y en a toujours) enjambent les barrières pour l'atteindre plus vite.
Ils ignorent que le vrai bonheur, la vraie raison de vivre, est dans cette attente et non dans son aboutissement.
Au bout de la queue, il y a la fin et la flèche indiquant la sortie.
Rendez-vous de l'autre côté du miroir ...


Pol Soumillon

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Mes yeux

Monsieur,
Veuillez vous présenter à la visite médicale, ce ...
Le petit bristol vert clair avait éveillé mon attention.
Renseignements pris, il s'agissait tout simplement d'un examen de la vue. Je ne retrouverai pas les sensations mystérieuses de l'école et du "Petit Château".
J'y songeais cependant dans la solitude toujours un peu lourde de la salle d'attente avec ses deux ou trois chaises en matières plastique, vides et le son étouffé des conversations de l'autre côté de la porte capitonnée.
Je me souvenais des gamins en file indienne, manche droite retroussée pour la cuti-réaction qui déclenchait quelques angoisses juvéniles, mais me laissait, quant à moi toujours serein.
Je me rappelais aussi du contact glacé de la poitrine nue sur la "radioscopeuse" et de la voix mécanique et désagréable de l'infirmière :
"Pas respirer, pas bouger ... au suivant".
Comme disait Brel, tous les suivants du monde devraient s'donner la main.
Je suis donc le suivant de quelqu'un; avant d'être le suivi d'un autre.
Vînt enfin mon tour et je soumis mon regard à celui de la machine : Car le temps est révolu de l'infirmier en blouse blanche qui, à l'autre bout de la pièce, vous désignait d'une longue règle des lettres tracées sur une grande toile.
Il suffit désormais de coller les yeux dans une sorte de simulateur optique.
Je ne fus pas frustré de cette modernité, car la technique actuelle nous impose sans cesse sa loi.
Je suis sorti de là plutôt rassuré : "Mon vieux, mon vieux, j'ai rien aux yeux".
Le prochain examen est programmé pour 2014.
Le siècle prochain en somme ...

Pol Soumillon

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L'aube est pâle

La banlieue déserte et silencieuse, figée comme si le miracle de Noël était cette fois celui de l'immobilisation du temps et des choses.
Je marche dans les rues glacées où ne se manifeste aucune vie exception faite d'une cave de boulanger d'où coule le ronronnement discret d'un four. Dans une heure, sa boutique ouverte regorgera de tartes, de gâteaux et de bûches.
Le soleil pointe à l'Est, blanc mais jaune aussi, un peu.
La lumière qui vient en rasant les toits ravirait le plus difficile des photographes.
Et cette prairie couverte d'une fine nappe blanche enchanterait Van Gogh comme l'enchantait la campagne d'Auvers dans les aurores douces de juin.
Rien n'est plus loin des feux de la Saint-Jean que la bise de Noël, mais les solstices, pourtant, se ressemblent avec cette même passion de l'excès, de l'absolu.
Loin d'ici, sous les latitudes australes, on fête la naissance de l'été.
Des filles (jolies de préférences) en maillot s'étendent sur les plages de Bahia et de Sidney.
Un peu plus loin, au carrefour, un homme dort dans un abribus, ramassé en chien de fusil sur le banc trop court, le corps recouvert de grands cartons d'emballage.
A terre, une vidange de beaujolais nouveau et un carton de pizza subsistent de son banquet de Noël.
Un belle auto survient et s'arrête à sa hauteur, une jeune femme en fourrure en descend et s'approche du dormeur auquel elle murmure quelques mots.
Il s'éveille et la suit finalement dans la voiture et ils disparaissent vers le jour qui grandit peu à peu.
C'est cela aussi la magie de Noël ...


Pol Soumillon

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GSM


Un collègue me pose une étrange question : "Es-tu pour ou contre le GSM ?"
A vrai dire, je n'avais jamais creusé cette question existentielle, dont l'urgence ne m'apparaît pas clairement.
Faut-il d'ailleurs être nécessairement pour ou contre toute nouvelle technique qu'engendre le monde "qui se dit moderne" ?
Faut-il, de plus, avoir un avis sur tout ?
En l'occurence, en revenant au sujet, je n'en ai pas et je le partage !
Mais, cette question m'a quand même fait réfléchir (quelque part) : Serais-je plus heureux si le Père Noël glissait un téléphone mobile dans mes petits souliers ?
Bof ! Disons que je me promènerais peut-être le coeur plus à l'aise au fond des forêts gougnaciennes; en cas de chute ou de malaise, je pourrais sans mal appeler du secours. (Mais comme je n'ai jamais stressé dans ces circonstances, le bénéfice moral n'en serait que virtuel).
J'ajoute, qu'à l'inverse, cette machine infernale permettrait à des tas de raseurs et casse pieds en tout genre de me traquer n'importe où, des sentiers forestiers les plus reculés aux bras de ma dulcinea.
Mais il est vrai que ces petites merveilles possèdent un ingénieux dispositif qui permet de les éteindre. Un bon point donc.
Le GSM peut s'avérer en somme, comme tous les outils modernes, la meilleure et la pire des choses; ce ne sont pas la voiture, la téloche, l'ordinateur, la pub ou le téléphone mobile qui sont parfois mauvais, mais l'usage qu'on en fait.
Tant mieux si le GSM, du docteur lui permet de répondre illico au moindre appel et sauver ainsi des vies humaines et tant pis si plus d'un frimeur s'en sert pour l'esbrouffe et la drague.
Dans dix ans, il sera devenu aussi banal qu'un téléphone ordinaire et personne ne se posera plus la question idiote qui n'a eu que le mérite de retenir, je l'espère, votre intérêt quelques minutes.
Je vous remercie de votre attention !


Pol Soumillon

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L'arbre ...


Parce que nous parlons le français, il nous est tentant d'aller chercher nos racines dans la culture latine comme si les Nerviens ou Aduatiques avaient parlé latin.
De la même eau, parce que notre pays demeure marqué par l'empreinte du christianisme, il nous arrive fréquemment de prendre pour nôtre la mythologie juive, comme si Adam, Eve ou Noé étaient nos ancêtres "imaginaires".
Et si nous cherchions du côté de la culture celtique ?
Nous y apprendrions que l'arbre y était le premier symbole de vie.
Au point que les mois de l'année; treize comme les lunes, portaient le nom d'un arbre.
Le premier se nommait Beth, le bouleau, et commençait à une date équivalente à notre 24 décembre; le dernier, Ruis, le sureau, s'achevait 48 heures avant le retour de Beth, car il y avait un jour mort, consacré à l'If, qui précédait le nouvel-an celte; le printemps, qui débute le 17 mars, est l'époque du Frêne.
L'Arbre, choisi pour symbole de vie par la civilisation celte; comme du reste choisi également par les indiens d'Amazonie qui en tirent leurs ressources.
L'Arbre, magnifique atelier qui transforme en bois, en feuilles et en fruits, en matériau, en combustible et en nourriture, l'eau et la lumière.
Il m'émerveille autant par sa beauté que par son utilité; prenez une terre vide et hostile, placez-y un Arbre, elle deviendra accueillante.
Comment vivre sans l'Arbre ?
Comment dîner au jardin sous le soleil de juillet sans son ombrage protecteur.
Comment s'émerveiller des couleurs du printemps sans l'éclat du lilas et du magnolias ?
Comment pendre son linge au vent de mai sans les deux pruniers entre lesquels se tendra la corde de chanvre ? Comment tirer les penalties sans les marronniers qui cadrent un but éternel et imaginaire dans la cour de l'école ?
Comment guetter l'arrivée des "ennemis" sans le chêne au sommet duquel se perche la vigie de dix ans ?
Comment passer une agréable soirée en compagnie d'une douce créature, devant l'âtre d'un feu, sans les bûches du charme qui abandonnent leur énergie à notre bien-être ?
Comment s'apaiser le soir à la chaleur de la tisane, sans le tilleul qui lui donne principe et arôme ?
Comment lire un bon roman sans le noyer pour s'appuyer le dos et le papier issu des forêts canadiennes ?
Comment se rassembler autour d'une table, entre amis, sans l'acajou qui en fournit le bois ?
Où construire la cabane, où on s'isole entre potes de huit ans, afin de dresser les plans d'invasion du clan adverse ?
Et puis, où grimper à dix ans, pour retrouver l'espace d'une heure, ondoyant de branche en branche, la souplesse et l'allégresse de notre arrière-arrière-arrière grand-père le singe ?
Pol Soumillon

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Photo Jef

Bon vin

Bonne nouvelle pour les amateurs, dont je suis; les dernières études
(sérieuses) médicales confirment ce que bon nombre d'adeptes, dont je
suis, clamaient depuis longtemps déjà : Le vin rouge est bon pour la
santé. Bien sûr, il s'agit de le consommer en quantité raisonnable,
comme du reste n'importe quel autre breuvage, sauf peut-être l'eau; quoi
que ! Mais, à trois ou quatre verres par jour de moyenne, il paraît qu'il
peut diminuer le risque d'accidents cardio-vasculaires et même celui de la
maladie d'Alzheimer.
Eh bien tant mieux ! Juste avant d'écrire cette petite "bafouille", j'avais
un tout petit, vraiment très petit, zeste de remords pour la bouteille de
St-Emillion, "sifflée" hier au souper avec Madame mon épouse. Me voici donc
conforté dans mon inclinaison; le Côtes du Rhone, le Bordeaux, Le Bourgogne
ne détruisent pas la santé, ils la protègent.
Notez bien que je continuerai à déguster le Juliénas ou le Châteauneuf-
du-Pape pour la seule raison qui en vaille vraiment la peine; le plaisir
d'humer leur bouquet et d'admirer leur robe, plutôt que de songer que
j'aurais pu les acheter en pharmacie. D'ailleurs, je ne serais pas
étonné qu'un jour, un chimiste puisse produire un extrait sec de vin rouge,
sans alcool, qui sera vendu en pharmacie pour la prévention de l'obstruction
des artères par le cholestérol aussi efficacement que le vrai et bon vin.
Pol Soumillon

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Anniversaires

A quoi nous servent vraiment ces fêtes d'anniversaire qui résonnent dans le souvenir comme chante la petite sonnerie de la pompe à essence chaque fois qu'un litre de plus est entré dans le réservoir ? A tenir le compte exact de l'âge (courte croissance puis longue destruction) afin que soit correcte la facture qui sera ensuite présentée à la caisse ?

Mais gardons-nous de si funeste idée : l'anniversaire, c'est plutôt un jour à soi. Une date banale qui, pour nous, prend figure d'évènement. C'est pourquoi je plains un peu les natifs de Noël, du Jour de l'An ou du premier Mai, obligés de partager avec la planète entière la solennité de "leur" date de naissance.

Notre anniversaire, c'est un jour dont nous sommes le héros. Tout petit avec papa et maman qui se souvient encore de l'accouchement. Juste un petit peu plus grand, avec les copains de l'école dans la fièvre de la musique à la mode qui rythme la première "boum" et berce les premiers baisers volés derrière la porte du salon. Adulte, en tête-à-tête dans un restaurant romantique ou, les jours de passage d'une dizaine, entre copains de naguère avec buffet, orchestre et premier symptôme de mélancolie; celle-là qui s'invitera bientôt à tous les anniversaires où brilleront cruellement les places vides des absents remplacés par les marmots des marmots.

Fermons les yeux et rêvons; cherchons les plus beaux anniversaires de notre passé ...
Pol Soumillon

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Gougnies.be

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