X
Dimanche 19 novembre
Nuageux
Temp Min : 2 °C
Temp Max : 7 °C

La petite chronique du mois de novembre


Gougnies - Cliquez pour agrandir- Illustration Rita Beaurain

Elle a du panache, notre place communale !

Venant du haut du village, on a cette très jolie photo d'un ensemble particulièrement homogène, un accord parfait entre l'élégance de la façade de notre école et la majesté du clocher élancé comme un point d'exclamation, une injonction de notre amie Berthe qui nous « triboule » :
« Attention, les enfants, je ne rate rien de ce que vous faites ! ».

Quand on vient du chaos de la ville, cette image nous offre une bolée d'air frais, un souffle d'apaisement avec la ferme conviction que l'expression « home sweet home » veut réellement dire quelque chose...

Et puis la verdure y fait valoir à juste titre ses droits de copropriété. La pelouse est accueillante, le chêne du centenaire ne se contente pas d'y glander et le vieux tilleul miraculé toise comme il peut ceux qui le voyaient déjà débité en bois de chauffage. On a beau produire du tilleul, on ne s'endort pas pour autan.

Certains, vraisemblablement animés par quelque poussée de jalousie venue de lieux moins bucoliques, nous reprochent de nous prendre pour le nombril de l'Entre-Sambre-et-Meuse ! Ben quoi ? Quand on y regarde bien...

Comment ? Mais non, je ne l'oublie pas ! En ce mois de novembre, ce serait un comble !

Le monument du souvenir est bien présent au coeur de notre vie villageoise et ce serait une véritable sacrilège de ne point l'évoquer dans le cadre de la place communale.

Je dirais même qu'il est le troisième élément d'un triptyque pittoresque, assorti avec le plus grand bonheur à l'architecture de l'ensemble.
Et puis, le monument, c'est un fameux conteur !

Il nous raconte notre histoire. Il nous enseigne qu'il est de notre devoir de ne jamais oublier que des enfants de notre terroir ont payé de leur vie pour notre droit à la liberté.

Il nous raconte qu'il en a vu, des culottes courtes chanter avec leur maître d'école les hymnes au souvenir.

Il sourit encore lorsqu'il évoque les jeux de gamins du mercredi après-midi ou les foulards jaune et vert des patronnés et patronnées du dimanche.

Le jour du 11 novembre, lorsque vous irez honorer le souvenir, pensez que le monument est nôtre, saluez discrètement notre amie Berthe, ayez un regard nostalgique pour notre école, et n'ayez aucun scrupule à vous le répéter :

« Notre village est le plus beau ! »

Jean Marcelle.

La petite chronique du mois d'octobre


Gougnies - Cliquez pour agrandir - Illustration Rita Beaurain

« On voit où on va, hein monsieur ! »

Bien sûr, le soleil d'octobre, quand il nous fait le plaisir de sa présence, semble grappiller d'aube en aube quelques minutes de sommeil. Mais il faut tout de même reconnaître sa bonne volonté lorsque les gros cumulus d'automne baladent leur grisaille sous d'autres cieux. L'été indien n'est pas seulement le refrain du regretté Joe qui enchantait le répertoire de notre jeunesse, il est bien réel et, s'il ne dure effectivement que quelques jours, il peut s'avérer le prologue d'un magnifique chapitre nous contant la magie des couleurs dans le monde des feuillus...

Bien sûr, les brumes matinales ouatent la campagne et endorment peu à peu la verdure dans la fraîcheur de sa rosée. Mais ne dit-on pas que celle-ci n'arrête pas le pèlerin ? Chaque année, la conviction des Rolendiens rythmée par le pas de route de l'épilogue de nos Marches s'en imprègne parmi les essences boisées de notre belle région...

Bien sûr, les premières gelées peuvent, dès le lever du jour, nous surprendre et blanchir nos prairies. Mais bon, il faut admettre que ces petites taquineries des prémices d'hiver ne sont pas bien méchantes. Et puis, quand on respire profondément, on s'aperçoit alors que la fraîcheur de notre air est finalement de bonne augure...

Bien sûr, sans doute pour nous rappeler qu'à chaque automne nous sommes « plus vieux » d'un an, le ciel d'octobre n'hésite généralement pas à nous arroser. Mais franchement, notre climat océanique nous garde bien à l'abri de certains excès auxquels il se livre au pays de la mousson. La pluie d'octobre nous est familière et c'est son absence qui nous étonne...

Bien sûr, les arbres se déshabillent. Cela ne manque pas de charme, et ce n'est pas un jeu de mots. Les feuilles multicolores qui virevoltent dans nos jardins répètent le rite ancestral de la couette hivernale. Les branches qui se dépouillent accueilleront bien vite les premiers bourgeons... Comme le dit Patrick quand il ne fait pas tourner les serviettes : « En automne, les arbres font un strip-tease pour faire pousser les champignons ». Trivial ? Meuhnon, un peu coquin, comme l'automne !

Oui je le proclame haut et fort, octobre est un mois sympa ! Il est souvent fidèle à lui-même, contrairement à certains mois d'été qui peuvent parfois nous décevoir.

Et puis, je serais tenté de dire qu'on manque un peu de tolérance à l'égard d'une météo qui, finalement, est bien de chez nous. Est-ce parce qu'elle constitue le sujet de conversation universel ou parce que... On n'est jamais content ?

Pour citer un autre humoriste qui connaissait bien notre terroir :

« ...quand nos vwèyons l'solia qui lût wit d'jous sins r'lache,
Nous souwétons rad'mint qu'il arrive ène boune drache ! »

Il connaissait bien les gens du terroir, hein, notre ami Bob !

Jean Marcelle

La petite chronique du mois de septembre


Gougnies - Illustration Rita Beaurain

Les grandes stars ont leur parfum.

Sur la scène ou sur le stade, les vedettes qui animent nos heures de loisir accordent généralement beaucoup d'importance à leur image et aux souvenirs olfactifs qu'ils laissent immanquablement à l'issue de leur prestation...

Bien souvent d'ailleurs, de grands noms du sport ou du spectacle s'enrichissent davantage en laissant leur patronyme sur des petits flacons très comme il faut qui toisent avec beaucoup d'arrogance le blaireau banal des tablettes de salles de bains.

Le parfum du sportif veut s'imposer dans la promiscuité des vestiaires et convaincre qu'en dépit d'une abondante sudation, l'odeur corporelle d'une star mondialement connue doit rester respirable. Ils s'aspergent alors de notes fraîches d'agrumes sur fond boisé ou de fragrances océaniques évoquant le déferlement d'une vague d'énergie... (Je me suis bien documenté, hein ?) Bref, quand on gagne des millions, la moindre des choses est de sentir bon...

Quant au chanteur, après deux heures de rock effréné sur la scène d'une immense salle surchauffée dans tous les sens du terme, ah que on sue ! Alors, pschiiit, un p'tit coup de « sent-bon » et c'est reparti pour les exhalaisons macho-charmeuses aux essences de lavande et de vanille sur fond de musc... (Intéressant, n'est-ce pas ?)

Bref, tout ça pour dire que quand on est une star, les fans doivent applaudir avec enthousiasme et qu' en se pinçant le nez, ce n'est pas chaud zézé !

Mais moi, je suis de la campagne, et la star dont je veux vous parler ici, elle est bien de chez nous !

Notre vedette se produit chaque année en septembre est est totalement indissociable du grand rendez-vous des gens du terroir avec leur grande ducasse villageoise.

Qui parmi nous n'a jamais craqué dès les premiers signes de sa présence ?

Lequel d'entre nous n'a jamais succombé à l'irrésistible attraction de son épicurienne personnalité ?
Son parfum ? Un mélange subtil de bonheur enfantin et de caprice légitime, une invitation quelque peu perverse au plaisir gourmand aiguisé par l'esprit de la fête.
Sa frémissante prestation sous les feux multicolores de la rampe du grand spectacle de la convivialité saupoudre de saveurs édulcorées toute la tendreté de son personnage. Et ça, je le savais, je n'avais nul besoin de me documenter pour vous convaincre...

Il est la star de la fête, nul ne peut le nier : C'est le croustillon !

Jean Marcelle

La petite chronique du mois d'août


Gougnies - Cliquez pour agrandir - Illustration Rita Beaurain

Le simple fait d'y penser taquine méchamment mes papilles gustatives et déclenche au niveau de mes incisives un mouvement défensif de retrait à la base des gencives...

Celles que nous appelions « pommes d'août » n'en étaient souvent pas ! En fait, on en avait entendu parler, on savait qu'elles existaient et dans nos jeux de gamins, les premières rondeurs verdâtres s'épanouissant sur les branches des nobles fruitiers devenaient des pommes d'août. Elles appartenaient rarement à cette espèce précoce de « transparente blanche » que l'on peut récolter les derniers jours du mois. Mais les petits hors-la-loi que nous étions manifestaient incontestablement beaucoup d'amateurisme au niveau de la réelle valeur de l'objet de leur larcin... Quand on allait « à maraude », on allait chaparder tout simplement des pommes qui n'étaient pas encore mûres !

Elles avaient une saveur toute particulière. Leur astringence les rendaient pratiquement immangeables et la fermeté de leur chair mettait à rude épreuve l'émail tout neuf de nos quenottes. Le souvenir de leur acidité pourrait inspirer Willy, le cuistot de Fort Boyard...

Et puis, je pourrais évoquer l'effet thérapeutique du fruit en question sur d'éventuels problèmes de constipation... Efficace ! Enfin bon, je m'abstiendrai de « m'étendre » sur ce sujet, constipation et fuites urinaires, c'est l'affaire des pubs à la télé !

Ceci dit, les pommes d'août, c'était la fin des grandes vacances, les dernières expéditions qui animaient les jours de liberté, l'excitation de l'interdit autorisé aux gamins de notre génération. Les terrains qui accueillirent plus tard la rue de la Vallée étaient alors de grandes prairies enrichies naturellement par la bouse des ruminants et sur lesquelles quelques superbes pommiers resplendissaient... Une véritable invitation à nos jeux de gamins.

Le Pont Mariminson, s'il existait encore, vous le raconterait mieux que moi...

Tous ces moments indélébiles ont contribué sans aucun doute à l'attachement que nous manifestons aujourd'hui à l'égard de notre terroir. Pourra-t-on en dire un jour autant de la téléphonie mobile contemporaine dans laquelle s'isolent les gamins d'aujourd'hui ? Je vous laisse juge...
Les expéditions « pommes d'août » constituaient des éléments privilégiés de l'apprentissage de la vie, le goût de l'aventure, l'action solidaire, la complicité, la satisfaction du but atteint...

Les adultes en étaient bien conscients et le propriétaire des pommiers fermait les yeux avec un sourire de sagesse.

Le garde-champêtre menaçait parfois de nous enfermer dans le « cachot », petit local à outils adossé au mur de l'école, près du patronage.

Mais les seuls à avoir séjourné dans ledit cagibi sont... Les outils du cantonnier.

Héééé oui... Soupir de nostalgie...

Jean Marcelle

La petite chronique du mois de juillet


Gougnies - Cliquez pour agrandir - Photo Rita Beaurain

Ca y est, c'est parti...

La frénésie récurrente de l'incontournable transhumance estivale s'invite dès les premiers jours de la grande récréation.

L'excitation des préparatifs, la hantise des robinets mal fermés et la conviction de l'oubli traditionnel s'immiscent dans les moindres recoins du SAC, Stress Annuel Cumulé...

Ca y est, sur grand écran solaire, on rejoue la grande évasion avec des acteurs qui vieillissent, certes, mais dont le scénario ne prend décidément aucune ride.

La longue et souvent pénible digestion des kilomètres d'asphalte souffre de constipation chronique et les bouchons qui compromettent sévèrement le transit à la sauce parisienne ou lyonnaise provoque immanquablement de sérieuses hausses de tension... « Papa, c'est encore loin ? » Je vous laisse le soin d'accorder la scène suivante au diapason de votre caractère.

Pour ceux qui choisissent la voie des airs, c'est le festival des files d'attente, les innombrables contrôles et la prière sincère à saint Christophe d'intercéder auprès des autorités aéroportuaires afin qu'elles évitent à tout prix une joyeuseté syndicale organisée par les bagagistes ou les aiguilleurs du ciel.

Et puis, c'est la récompense...

Quelques mètres carrés de sable chaud parfumés à l'ambre solaire et à la vanille partagés dans la promiscuité avec des milliers d'adeptes... Youpie !

Quoi ? Jaloux, moi ? Meuhnon !

Vous voyez, le poids des années n'est pas qu'une tare !

Le péage de la retraite étant franchi, la barrière automatique s'est levée sur la voie parfaitement fluide du hors-saison. C'est bien comme ça...

Si malgré tout le mois de juillet me taquine avec ses airs de vacances, je vais à l'orée du bois de Scu, je m'assieds sur le banc et j'observe... La campagne, le village dans son écrin de verdure, le calme, la sérénité, l'alouette qui grisolle sur son territoire... Et entre nous, c'est gratuit !

Si malgré tout le mois de juillet me parle de gastronomie, faciiiiile ! Les bons petits restos ne manquent pas dans la région et les truites sont fraîches dans la vallée ombragée de la Molignée.

Mieux que ça, un parasol, un petit rosé bien frais, une brochette d'agneau à domicile, dans la quiétude du « home sweet home », les doigts de pied en éventail, farniente bio pur produit du terroir.

Et puis, je vous l'avoue, mon statut de retraité et vacancier hors-saison m'offre un petit plaisir pervers et taquin finalement bien légitime :

« Alors, revenus de vacances ? Ca c'est bien passé ? Vous reprenez quand, le boulot ? Ah bon, nous on va seulement partir... Gnégnégné ! »

Jean Marcelle

La petite chronique du mois de juin


Gougnies - Cliquez pour agrandir - Composition Rita Beaurain

Qui suis-je ?

C'est bientôt ma fête !

Chaque année, à l'approche du grand jour, je trépigne d'impatience. Tous ces amis qui se retrouvent autour de moi, la merveilleuse atmosphère de convivialité qui anime avec bonheur ce moment privilégié, m'offrent le plus beau cadeau dont on puisse rêver.

Cependant, malgré l'engouement qui se manifeste autour de ma petite personne, je reste tout simple, presque banal tant les gens du pays se sont habitués à ma présence.

Je suis particulièrement à l'aise partout et égaie sans compter la table que l'on m'invite à partager.

J'aime évoquer les souvenirs, exhumer les saveurs typiques de l'histoire du terroir, et suis toujours disponible, quels que soient la saison, le mois, le jour...

Quand un artiste me fige sur sa toile, il déploie sur sa palette un florilège de couleurs chatoyantes pour exprimer la richesse du décor dans lequel je m'épanouis. Nuances d'émeraude pour ma campagne, d'or et de rubis pour les atours de la fête.

Mais ne vous méprenez pas, je n'ai aucune déviance ostentatoire et n'appartiens pas à une quelconque catégorie superficielle de « bling-bling » avide de bijoux et de paraître. Quand je parle de richesse, j'évoque celle des traditions du pays et de son folklore. Moi, le veau d'or, c'est pas mon truc... Et même le veau tout court car mon authenticité, je la tiens principalement de l'élevage du cochon de chez nous !

Bien, je crois que vous m'avez reconnu...

Je suis le bon vieux « vitoulet d'pincousse » !

Peux-t-on imaginer un instant une Pentecôte sans moi ?

Mais non les gars, je suis absolument indissociable de cette apothéose récurrente, je suis le trait d'union entre tous les enfants du terroir qui franchissent chaque année les barrières des clivages et des différences. Je ne suis qu'une petite boulette de viande de porc assaisonnée comme nulle autre part, une spécialité locale sans prétention mais ô combien riche en contacts humains.

Et si les doigts du Marcheur se souviennent que le cochon n'est pas maigre, les laitons rutilants de la procession ancestrales n'en ont que faire... Ils persistent à étinceler.

Ca aussi, c'est notre folklore...

Jean Marcelle

La petite chronique du mois de mai


Gougnies - Cliquez pour agrandir Photo Rita Beaurain
Serait-ce le souvenir d'une lune de miel qui s'envole irrémédiablement avec le temps, ma muse bourdonne allègrement dans les alvéoles de mon inspiration.

Butiner n'est plus de mon âge, certes, mais est-ce là une bonne raison d'avoir le bourdon ?

Mai est la saison de la reine des hyménoptères, évocation patronymique de l'hyménée avec le printemps. Cela n'est point hasard...

C'est dans le jardin de la fête délicatement décoré de clochettes blanches et fleurettes multicolores que les ouvrières honorent le travail.

La richesse du nectar inlassablement récolté offre au bon miel saveur et onctuosité... Comme la tendresse ! C'est pour ça aussi que le mois de mai est celui des mamans.

Alors, je te dis bravo, petite abeille !

Tout le monde est-il bien conscient de la place que tu occupes dans notre environnement ? Je me le demande souvent...

Que deviendrait notre corbeille de fruits si tu n'étais plus là pour polliniser les inflorescences printanières ? Quel visage auraient les confituriers et caveaux de nos maisons ? Gelée de groseilles, cidre du verger, vin de terroir... synthétiques ? Non merci ! Il y a des millénaires que la nature te confie cette précieuse tâche et il ne fait aucun doute que tu en es devenue la spécialiste par excellence.

Lorsque le tilleul est en fleurs, une véritable symphonie anime le jardin. Comme si tous les orchestres de la campagne s'étaient rassemblés pour interpréter sans relâche le vol du bourdon. Hééé oui, Rimsky Korzakov était bien ruche...

Alors pourquoi mai ne serait-il pas le mois de l'abeille ?

Elle symbolise ce que les hommes honorent au printemps : le travail, la tendresse, la fertilité...

Nous devons bien ça à la divine fruitière.

Et pourtant...
Je roulais paisiblement sur une route de campagne, elles étaient là !

D'imposantes mécaniques arpentaient les campagnes, ailes démesurées déployées crachant leur chimie controversée.

Il n'est point de mon ressort d'en juger le bien-fondé, mais... J'ai peur pour mes amies les abeilles !

Elles sont absolument indispensables à notre bien-être, c'est certain.

Et s'il fallait malgré tout vous convaincre davantage, prenez « dard-dard » votre envol, posez vos ailes de gourmandise sur la boîte à pain, beurrez généreusement votre tartine et couvrez-la sans vergogne d'un excellent miel primeur.

C'est le printemps, c'est la vie, c'est le joli mois de mai...

Jean Marcelle

La petite chronique du mois d'avril



Gougnies - Cliquez pour agrandir Photo Rita Beaurain

Dès que les primevères festoient sur la terrasse du printemps, elles affinent leur plan de vol. Les formalités requises dans le cadre de leur traditionnel voyage transalpin impliquent le respect de toute une série de règles inhérentes aux voies aériennes.

Et cela n'est pas simple...

L'aval dudit document rédigé obligatoirement dans les deux langues et remis aux autorités concernées dépend de l'épilogue d'une commission spéciale d'enquête particulièrement médiatisée au sujet de la légitimité de ce voyage récurrent...

Et puis, à l'issue de ces investigations, il faudra également préciser le tracé des voies aériennes choisies pour le retour de ces cargos du renouveau, chargés de précieuses et savoureuses marchandises gourmandes. Mais là, les riverains ne pourront en aucun cas revendiquer quelque nuisance que ce soit, les aéronefs sont silencieux, seul leur atterrissage réveille en eux le battant qui sommeille depuis trois jours.

Non ce n'est pas simple, mais il est cependant impératif que ce vol aller-retour pour Rome ait lieu dans les meilleures conditions.

Les cloches de notre terroir remplissent depuis des générations cette mission pour le plus grand bonheur des petits. C'est vital, nul ne peut en douter.

Les adultes qui excellent dans l'art de compliquer les choses ne peuvent compromettre le voyage des âmes d'enfant vers le pays de leurs rêves ancestraux.

Non, les poules de Pâques suspectées de nuire à la santé de nos bambins ne sont pas confinées dans le poulailler du Vatican et les oeufs multicolores ne doivent en aucun cas subir des examens approfondis par l'AFSCA !

Oui, le survol de nos villages par ces messagères en robe de bronze est le bienvenu et le concert offert par nos clochers à cette occasion déploie sur nos quartiers la partition du printemps rythmée par les rires d'enfants.

On ne peut nier que le retour de nos cloches de Pâques suscite l'enthousiasme local. La bonne humeur est de mise et les tambours la colportent au gré de leurs premières vibrations. Que du bonheur !

Cette année encore, à l'instar des friandises enrubannées, les couleurs d'avril apportent le réconfort des douceurs du renouveau.

Et la chance est avec nous !

Après ces périodes de privation décrétées d'utilité publique et touchant les bonnes choses de chez nous que sont la trappiste et le blanc bleu belge, personne n'a évoqué la perspective d'une quarantaine d'une autre de nos célèbres richesses... Le chocolat !

Ouf !

Jean Marcelle.

La petite chronique du mois de mars




Mars s'enflamme...

Planète rouge ou dieu de la guerre, son nom évoque la couleur du feu.

Non pas que nous ayons quelque prétention à l'égard des subtilités de l'étymologie ou de la mythologie, mais pour nous, enfants de l'Entre-Sambre-et-Meuse, mars évoque LES couleurs du GRAND feu !

Si le dieu Mars était particulièrement adulé par les légions romaines pour son talent en matière de stratégie, nos traditions locales n'ont finalement rien à lui envier. Chaque année, celles-ci offrent à nos villages l'arme infaillible parfaitement conçue pour la guerre à la morosité, capable de neutraliser les effets pervers de l'hiver et de rétablir l'équilibre, symbole ancestral de ce mois d'équinoxe.

Quant à la planète Mars, on pourrait se demander ce que les Martiens viennent faire là-dedans... Allez, taquinez votre âme d'enfant et vous imaginerez sans peine l'origine de tous ces extraterrestres aux masques grimaçants se nourrissant de confettis et soucieux de respecter notre humanité en consommant sans vergogne notre vin chaud... Ce décor digne d'une saga fantastique mondialement connue se complète d'une myriade d'étoiles tourbillonnant comme la jupe de la princesse Léia à la chaleur des braises incandescentes. Un épisode qui invite à la fête, attise la force qui fait fi du côté obscur...

Le grand feu, c'est la fête de la purification, l'annihilation des angoisses hivernales sur l'autel du renouveau, le symbole d'un brasier qui réchauffe la terre et réveille la vie.

Allez hop, je poursuis mon allégorie en évoquant le rêve utopique d'un immense grand feu au niveau mondial, une inimaginable destruction de toutes les dérives humanitaires qui gangrènent notre planète...

Ce serait le GRAND carnaval, le cortège suprême au sein duquel les participants ôteraient leur masque de prédateur pour redevenir des hommes, tout simplement des hommes... On peut rêver !

Oh ce grand feu ne serait pas bien difficile à allumer ! Les pages de nos journaux quotidiens regorgent de sujets incendiaires récurrents, les énumérer me paraît impossible dans le cadre d'une « petite » chronique...
De toute façon, ce scénario n'est même pas envisageable pour une trilogie de science- fiction et ne présente aucune crédibilité à côté de nos deux compères R2D2 et C3PO...

Revenons sur terre, terre de mars comme on dit à la NASA, et accueillons le printemps qui revient au bercail. Les citations anciennes parlaient du « lièvre de mars », un personnage emblématique de l'oeuvre « Alice au pays des merveilles », un lièvre fou comme la saison des amours...

Bien que ce soit Lewis Carroll qui le dise, ce ne sont pas des salades, je vous assure !

Jean Marcelle.


La petite chronique du mois de février 2017




« Février le plus court des mois est le pire pour tous »

Comme l'aurait dit la mère Denis du temps où la machine à laver était encore une vedette, « ça c'est ben vrai ! ».

Bon d'accord, il faut admettre que tous ces dictons d'antan présentent souvent un aspect généraliste des choses, mais tout furtif soit-il, ce mois-là a bien souvent raison de ne posséder que vingt-huit jours !

Je me souviens d'un hiver du début des années quatre-vingt où notre ami février s'était permis d'aspirer littéralement le mercure, encore autorisé à l'époque dans les thermomètres, vers les profondeurs glaciales des moins trente degrés. La vigne vierge bénéficiant pourtant d'une rusticité particulièrement élevée avait été carrément congelée sur les murs exposés au vent du nord. Glagla, beau temps pour les marchands de vin chaud... Quant aux viticulteurs, heureusement que leurs vignes n'étaient plus vierges depuis belle lurette !

Les révolutionnaires français avaient encadré février par les mois de pluviôse et ventôse. C'est vrai que la guillotine avait suffisamment refroidi l'atmosphère et qu'ils pouvaient ainsi relativiser leurs sensations, mais tout de même, catarôse et grogôse eussent mieux convenu...

Enfin, quoi qu'il en soit, la charmante petite dame au sourire Mathilde ou l'élégant monsieur en costume Bond qui présentent la météo nous servent régulièrement au menu de février des entremets givrés de la plus contrôlée des appellations polaires.

Polaire février ? Moi, je dirais « bipolaire ».

D'un côté, une personnalité froide, glaciale même, pouvant parfois atteindre les limites de la sévérité jusqu'à fendre les pierres.

De l'autre, un tendre, voire romantique, capable de déclarer avec délicatesse et poésie toute sa flamme à sa valentine...

Un véritable paradoxe, ce mois de février.

Enfin, paradoxe, pas tout-à-fait. Parce que, dans cette giboulée de petits coeurs entraînés dans une farandole de mots doux, il demeure néanmoins quelque peu taquin. Il titille subrepticement les démons du marketing et installe confortablement son quatorze sur le siège du business, une fête au mois de profiterôse.

Chassez le naturel, il revient au galop !

Il n'y a rien à faire, le petit mois d'hiver ne peut s'empêcher de geler, même certains rêves.

Allez, on lui pardonne sans peine ses frimas lorsque les derniers jours, quand la nuit se fait plus discrète au profit de la lumière de l'aube, il nous rassure en invitant les premiers perce-neige à pointer le bout de leur petit nez blanc...

Et surtout, ami février, ne m'en veux pas ! En vieillissant, je deviens frileux et les attentions de ma valentine, tu n'en as pas l'exclusivité...

Allez, sans rancune !

Jean Marcelle

La petite chronique du mois de Janvier 2017


Gougnies - Cliquez pour agrandir - Illustration Rita Beaurain
Entre nous, je devrais être bien content...

Ben oui, en ce début d'année, je retrouve le plaisir de berdèler un peu avec vous chaque mois par la fenêtre de ma petite chronique. Oh bien sûr, m'écoute qui veut, « on n'oblige personne », dit-on souvent pour se donner bonne conscience. Mais moi, j'aime ça et puis voilà...

Non franchement, que du bonheur !

Et pourtant je suis contrarié...

Dans le petit illustré de l'Académie, deux pages complètes agrémentées de photos d'oeuvres diverses sont consacrées au mot « politique ».

Sur le site de Wikipédia, trois mètres vingt-cinq (j'ai mesuré!) de texte déroulé traite de la politique en Belgique... Faut dire qu'il y a de quoi !

Et si vous cherchez après le mot « bonan », rien, nada, que dalle, aussi désert que la culture dans une télé-réalité !

Si, du côté des noms propres, vous pouvez, en cherchant bien, apprendre qu'une peuplade du nord de la Chine et apparentée aux descendants des Mongols s'appelle « les Bonan », sans « s » bien sûr.

Mais des bonans à nous, au pluriel parce que plus il y en a, plus c'est la fête, les académiciens n'en ont apparemment rien à saliver ! Comme c'est dommage...

Heureusement, dans le livre d'or de nos traditions, ils occupent une place de choix et la première lettre de la rubrique que nous y consacrons chaque année arbore les plus riches enluminures de gourmandes émotions.

Car nos bonans à nous, ils tiennent leurs promesses. Et ça, ça ne s'écrit pas dans un dictionnaire ! C'est une vérité qui nous appartient. Contrairement au sujet évoqué plus haut et abondamment développé dans les recueils officiels, les bonans sont rassembleurs, suscitent le dialogue, l'évocation des bons souvenirs dans une contexte familial. Ils hument bon le café du terroir, la petite goutte chère aux folkloristes locaux, ils ont à la fois le croquant de la vie et le moelleux de la famille. Le moule à bonan, lui, n'est pas façonné de corruption, il est composé d'émotions sincères, de valeurs ancestrales transmises de génération en génération.

Chaque grand-mère détient « LA » recette. Certaines ajoutent un peu de ceci, d'autres un soupçon de cela... Mais finalement, la pâte est toujours pétrie de générosité et quand on a le plaisir de croquer cette friandise de l'an nouveau, on perçoit le parfum de délicatesse qui inspire la maîtresse de maison.

Alors, pour cette année, je fais un voeu.

Que les académiciens accordent un peu moins d'importance à tous ces nouveaux mots apparentés aux anglicismes issus d' un monde médiatisé à outrance.

Que ces messieurs de la Coupole consacrent quelques lignes à ce belgicisme bien de chez nous, ils ne s'imaginent pas la richesse qu'il y a dans les deux syllabes du mot « bonans »...

Jean Marcelle

La petite chronique du mois de décembre



Le grand orchestre des outils interprète son interminable symphonie en acier majeur sur la grande scène de la métallurgie.
Les énormes rouages donnent le « la » de la partition avec force motrice.
Les percussions métalliques rythment l'ensemble et s'amplifient sous la voûte de la cathédrale de structures d'acier.

Les musiciens s'activent sous la baguette du travail. Ils sont bien conscients que l'effort qui perle sur leur front constitue la clé du succès de leur prestation. La métallurgie, c'est le « savoir-fer »....

Sous une voie de roulement, régulièrement masquée par le passage des câbles de levage du pont, une petite chapelle paraît anachronique dans cet imposant décor industriel. Ce matin, les petites flammes chancelantes ne semblent guère impressionnées par les perspectives démesurées de la grande nef centrale. Elles sont quelques bougies à rappeler aux fidèles du labeur qu'en ce premier du mois de décembre, le métallurgiste rend traditionnellement hommage à son saint patron. Quelles que soient ses relations humaines avec l'administrateur délégué, le travailleur a toujours ressenti pour son saint patron une affinité bien légitime. Certes, la démarche était manifestement plus spontanée autrefois, mais malgré tout saint Eloi pour les uns et sainte Barbe pour les autres génèrent encore aujourd'hui une émotion nostalgique des fêtes patronales d'antan.

La statuette du saint orfèvre sanctifie sous sa crosse dorée l'enclume et le marteau, les symboles du travail des métaux. Aujourd'hui, premier décembre, le grand saint resté fidèle au roi Dagobert pour une histoire de falzar semble arborer un petit sourire narquois...

Quelques jours plus tard, animée du même souci, sainte Barbe dominant la tour de son martyre affiche le même regard envers les spécialistes du feu et tous ceux qui savent dompter celui-ci avec dextérité. Certains excellent dans l'art de l'éteindre, les autres allument le feu d'artifice qui découvre mines et carrières...

Et oui, nos deux saints patrons semblent particulièrement sensibles au fait qu'on ne les oublie pas.

Certains observeront cependant dans le fond de leur regard une pincée d'inquiétude quant au niveau de modération qu'implique raisonnablement une issue heureuse à ces jours de fête... Il est vrai qu'à une certaine époque, finalement encore toute proche, les travailleurs n'avaient à l'égard de la voiture aucune dépendance particulière et que les petites gouttes du pays ou les bières spéciales des bords de Sambre n'inquiétaient guère les gendarmes au képi typique souvent croqué sur les planches de Hergé...

Et puis, Eloi et Barbe se retirent discrètement, sur la pointe des pieds pour l'accueil chaleureux du grand saint Nicolas. C'est la fête des enfants, des friandises et des multiples cadeaux qui inondent les bambins de plaisir et assèchent le porte-monnaie des parents gâteaux (ouf, je n'ai pas oublié le « a »)...

Tiens, il paraît que saint Nicolas est aussi le saint patron des avocats...

Comme ils incarnent la loi, on pourrait leur suggérer de fêter leur saint comme le font les enfants sages... Au spéculoos ! Cela pourrait fichtrement les aider pour défendre les débordements des fêtards de saint Eloi ou de sainte Barbe... Oups ! Je n'ai rien dit ! Ce n'est pas moi... Je cours vers le 28 décembre pour rejoindre les innocents !




La petite chronique du mois de novembre



C'est un matin en coton d'appellation novembre contrôlée...

Mes vagues souvenirs de petits poèmes de Maurice Carême me susurrent la métaphore, dans son sac de coton le brouillard a tout pris autour de ma maison...

L'écran à peine translucide de cette matinée d'automne efface les images, les couleurs et semble octroyer au temps une pause de mystère.

L'atmosphère humide rend la nature frileuse et les arbres ont la goutte aux feuilles, du moins celles qui hésitent à rejoindre la moquette d'hiver.

Fière de ses exploits architecturaux honorant deux fils de clôture, l'épeire arbore son diadème de rosée. Je crains fort pour elle que les insectes se fassent rares et que son chef-d'oeuvre ne piège plus que notre regard. Il aura au moins ce mérite. Après l'hiver, elle y sera à nouveau à régner...

D'un revers de brise, le jour effacera la buée sur le miroir de ses ablutions. Les images réapparaîtront dans le décor multicolore et chaque chose reprendra méticuleusement sa place. Peut-être le soleil nous fera-t-il même l'amitié de nous offrir un rayon discret... Qui sait ?

Le brouillard de novembre n'est peut-être pas seulement un phénomène météorologique. Le terroir ne laisse rien au hasard et même certains détails de notre environnement semblent judicieusement mis à notre disposition pour inspirer nos racines. Le brouillard est là pour nous aider à nous souvenir, et pourquoi pas ? Il enferme les images et réveille notre aptitude à la mémoire. On ne le voit plus, mais le jardin est bien là !

Oui c'est cela, novembre c'est le brouillard qui nous invite à retrouver les images du passé. Lorsqu'il se dissipe autour de nous, il rend les couleurs à nos souvenirs.

Dès le premier du mois, il se retire sur la pointe des pieds à l'entrée du cimetière et offre à notre mémoire une lumière fleurie propice à l'émouvante lecture de nos origines.


Quelques jours plus tard, c'est un vent de civisme et de patriotisme qui lève le voile vaporeux pour restituer au monument l'éclat des couleurs nationales.

Le brouillard nous rappelle alors la valeur inestimable de la lumière de la liberté.

Oh bien sûr, il peut parfois s'avérer particulièrement dangereux et ne facilite pas toujours les trépidations qui agitent la vie contemporaine. Il faut le considérer tel qu'il est et ne pas le défier sans raison.

Mais avec un peu de poésie, je lui trouve ce petit côté sentimental qui définit bien le mois de novembre.

Ceci dit, j'admets volontiers le fait qu'il puisse apparaître n'importe quand dans l'année... Souvent le lendemain de la ducasse... Entre autres !


La petite chronique du mois d'octobre



En automne, la forêt ne manque pas de charme...

Vous me direz qu'elle ne manque pas de chênes non plus, mais je m'abstiendrai de réitérer le cliché « calembourgeois » des homonymies forestières bien connues des subtils manipulateurs de notre belle langue... Ma chronique s'en trouverait un « peu pliée » et je crains que cela « freine » l'éventuel intérêt des lecteurs !

Ceci dit, je me répète, en automne, la forêt ne manque pas de charme...

Le dieu Pan, grand décorateur de la nature, offre au repos de l'été une couette automnale tissée de fils d'or aux parfums boisés. Les Grecs de la mythologie n'ayant certainement guère de compétence dans l'art d'utiliser la chevrotine, il est fort probable qu'en baptisant ce dieu « Pan », ils ne faisaient en aucun cas allusion au râble de lièvre ou à la selle de chevreuil truffée de plombs...

Tiens, en parlant de truffes, c'est aussi au mois d'octobre que se déroule dans nos bois le grand festival des champignons. Ces sympathiques maisonnettes de schtroumpfs abondent et s'épanouissent entre les feuilles fraîchement posées sur le sol humide. Bien sûr, ils sont à considérer avec beaucoup de prudence car certains d'entre eux pourraient nous faire ravaler notre bulletin de naissance... Mais avec bon sens et bons conseils, on peut les aborder en adulte et en savourer toutes les richesses. On n'est tout de même pas des « hommelettes » ! Bien qu'avec des champignons...

Un chant traditionnel interprété par la « Chanterelle » pourrait nous raconter que lorsque les « pleurotes » « lactèrent », elles eurent « beau lait »... Petite rengaine que l'on reprendrait en choeur avec les « piotes »... Les « coprins » d'abord quoi, fussent-ils chevelus.

Le monde des champignons est fascinant et les feuillus de notre Entre-Sambre-et-Meuse nous en offrent une très intéressante encyclopédie. Le connaisseur expliquera également avec passion que ces organismes particuliers nous invitent à une récolte délicate et respectueuse. Notre nature recèle une multitude de richesses et au seuil du grand repos d'hiver, elle se plaît à nous le rappeler.

Prenez tout votre temps au cours de vos balades automnales dans nos forêts !

Flânez et respirez profondément, laissez-vous envahir par les parfums noisette et observez la nature qui s'endort.

Quand vous allez trop vite, vous écrasez le champignon...

Vous courrez le risque de gâcher votre balade !

Et méfiez-vous !

Le plus joli, avec son chapeau rouge et ses points blancs, comme la maison des schtroumpfs, c'est l'un des plus dangereux...

Et celui qui ressemble à une crotte de mouton enfouie dans l'humus sous un chêne, c'est le plus cher et le plus gastronomique...

Comme quoi, l'habit ne fait pas le moine !



La petite chronique du mois de septembre



« Voilà Petit, il est l'heure... Il ne manque rien dans ton joli cartable aux parfums de rentrée scolaire.

Les cahiers sont tout neufs et dans le plumier soigneusement garni, les crayons multicolores rechignent à accorder un peu d'espace à l'un des plus vieux couples de l'histoire de l'école contemporaine, la gomme et le taille-crayon.

Le journal de classe paraît impressionnant tant les semaines à combler s'y succèdent. Et pourtant, tu verras, on en est vite à la fin, trop vite...

A midi, tu découvriras avec un peu de gourmandise bien légitime le contenu appétissant de ta boîte à tartines... Les petits bonheurs de l'école passent par l'éveil de tous les sens. Le pain de campagne de chez nous et le bon beurre de nos fermes font partie de notre culture !

Tu vois, en cette première journée de ton périple scolaire, j'aimerais beaucoup te présenter quelqu'un que j'estime énormément, une dame envers laquelle j'ai personnellement une grande considération, madame Laure.

Oh bien sûr, certains te diront qu'elle est dépassée, obsolète, que son aura s'est estompée avec le temps...

Tu constateras que bon nombre de tes condisciples manifestent nettement plus d'intérêt à l'égard de la communication mobile et tactile qu'à l'enseignement traditionnel de madame Laure.

De tristes sires affirmeront même qu'elle est devenue carrément inutile...

Comme c'est dommage ! Dans ce monde où le respect devient un luxe, je vois avec amertume la réputation de madame Laure s'éloigner à grands pas de son piédestal de bon sens.

Et pourtant... Tu ne peux t'imaginer à quel point elle peut t'être précieuse lorsque tu dois négocier les virages cruciaux de ton avenir.

Tout au long de tes études, elle peut t'aider considérablement à peaufiner ton travail et à le valoriser considérablement au regard de ceux qui sont habilités à le juger.

Dans ta vie sociale, elle est toujours à ton entière disposition pour agrémenter tes facultés de communication de délicatesse, mère nourricière de la courtoisie.

Je crois même pouvoir t'affirmer une chose, Petit, je suis fermement convaincu qu'elle peut un jour t'aider à décrocher un emploi. Non, elle n'est pas magicienne, mais elle est encore pour beaucoup l'ambassadrice d'une certaine éducation, celle que nous préconisaient les maîtres d'école qui, chaque jour, nous en dictaient les bienfaits.
Et ça, de nombreux employeurs en sont bien conscients...

Voilà Petit. En ce premier jour d'école, mon prêche peut te paraître ennuyeux...

Mais, tout simplement, je te conseille de rencontrer sans tarder madame Laure et de l'inviter à devenir ta complice. Je suis certain qu'elle sera flattée...

Oui, tu demandes madame Laure, Laure Tograffe... »





La petite chronique du mois d'août



En feuilletant le livre de l'été, mon attention se porte tout particulièrement sur un événement récurrent qui anime notre environnement aoûtien : la fête du vélo, la découverte sportive de nos campagnes par les adeptes de l'endurance, le ressourcement physique et moral d'une belle jeunesse consciente de tout le bénéfice d'une telle communion au sein de la grande famille des vététistes.

Il est vrai que notre terroir constitue un décor idéal pour ce genre de manifestation.

Les chemins caillouteux qui dessinent les champs fraîchement moissonnés et les sentiers forestiers qui offrent déjà à foison les parfums boisés de l'ombre salutaire des houppiers feuillus enchantent incontestablement les nombreux participants.

C'est vrai que vu comme ça... Un peu de poésie et hop ! Tout paraît facile... Mais...

« Pluie en août fait truffes et marrons ! »

Et c'est la récolte généreuse aux couleurs de la bonne gadoue de chez nous.
Quand la pissotière céleste déborde quelques jours précédant l'événement, les chemins caillouteux de nos campagnes se muent en fabriques de savonnettes et les sentiers forestiers en décor remarquablement réaliste de l'oeuvre célèbre « Charlie et la chocolaterie »...

Qu'à cela ne tienne ! Nos champions ne craignent pas la berdouille de chez nous et savent pertinemment bien que le réconfort de l'épilogue sera à la mesure de l'effort fourni dans la lutte impitoyable contre l'entrave poisseuse qui compromet le bon fonctionnement des machines.

Le visage souillé comme celui d'un GI en mission au Vietnam, le popotin déclaré définitivement incompatible avec le velours du trône de sa Gracieuse Majesté, le vététiste endurant sera content, quoi qu'il arrive... C'est ça la magie du sport !

Et puis le progrès technologique des vélos d'aujourd'hui est un précieux allié.
Imaginons la même compétition dans les années 1820... Les six heures de la « draisienne gougnacienne » !

Les participants devraient déployer tout leur talent à califourchon sur une machine tout en bois de plus ou moins 25 kilos, sans pédalier ni freins.
A l'instar de certains vélos contemporains hauts de gamme suréquipés, les draisiennes les plus sophistiquées offrent en option la possibilité de se reposer les fesses sur un petit coussin... Brodé, bien sûr, noblesse oblige ! Car c'est dans le berceau de l'aristocratie que la machine est née. Fichtre ! diantre !

Tout ce beau monde au départ ! Les hommes se présentent en redingote, pantalon collant remontant bien au-dessus du nombril, petit gilet chamarré aux boutons dorés avec jabot en dentelle d'Alençon et haut de forme prétentieux comme le bouchon du radiateur d'une voiture de luxe pas pour tout le monde.
Et alors ces dames ! Déjà le califourchon va poser problème mais les dessous de l'époque sont bien conçus pour éloigner de toute pratique sportive féminine la moindre étincelle susceptible d'allumer le feu ( ahqueu... belle image!) de la perversité.
Voyez les participantes habillées de longues jupes en cône, corset saucissonné comme une charcuterie ardennaise, un décolleté à faire bégayer le commentateur, manches bouffantes et longs gants et surtout, en guise de casque de protection, un chapeau gigantesque emplumé à faire blêmir Mathilde...

Et pan ! Coup de mousquet et c'est le départ !

L'escalade du col du bois de Scu sans pédales, les cailloux du chemin de Fromiée sans selle, le tracé du sentier éco-pédagogique dans la gadoue, la descente vers la Turbine sans frein... Que du bonheur !
Quelle belle galerie de photos pour Gougnies.be...

Hé ho ! J'ai dit ça comme ça, hein moi ! De toute façon, un appareil photo, j'ai ! Une draisienne, j'ai pas... Hélas...





La petite chronique du mois de juillet



« Le farniente est une merveilleuse occupation. Dommage qu'il faille y renoncer pendant les vacances, l'essentiel étant alors de faire quelque chose. »
Ca, ce n'est pas moi, c'est Pierre Daninos qui l'a dit !
Juillet, le farniente sur une île exotique, le bon-heur !
Mon hamac est soigneusement fixé sous le houppier de deux superbes palmiers balancés délicatement par le souffle tropical.

Protégés par les verres fumés de lunettes solaires, mes yeux peuvent percevoir, entre les feuilles pennées du cocotier, le soleil jouer avec les inflorescences de fruits au parfum de batida une partie de pétanque silencieuse.
Les ardeurs du dieu Râ en bermuda sont discrètement tempérées par les embruns d'un océan qui colore de turquoise le décor du paradis.

Sur le sable blanc, étoiles de mer aux couleurs inattendues et coquillages luxueusement nacrés semblent revenir d'un casting aux studios Disney avec un autographe de la petite sirène...
Et ce silence est tellement musical !
L'endroit rêvé pour la grande famille des riverains mécontents : pas d'avions, pas de camions, pas de tondeuses, pas de chiens qui aboient, rien ne peut perturber ce farniente réparateur, le fantasme utopique qui échevelle les élus planchant sur la carte des voies aériennes tissant le ciel de la cité de Manneken-pis.

L'océan déroule sur la plage ses déferlantes d'eau cristalline et l'écume immaculée qui joue avec le reflux évoque la fraîche chantilly qui complète avec bonheur certains cocktails locaux.
Mon hamac se balance en accord avec le boléro de la houle.
Et puis... Indissociable du florilège de délicatesses qui s'épanouit au terme d'une telle journée, me parviennent alors les somptueuses exhalaisons de la gastronomie indigène.
Petit à petit, ma mémoire olfactive reconnaît parmi les gourmands effluves celui que dilapide sans compter la langouste qui grille à la chaleur du coco incandescent.
Et dans cette ambiance paradisiaque, sans le moindre scrupule, je persiste à ne rien faire. Seuls quelques neurones encore en éveil captent toutes ces images pour les imprimer dans le chapitre des bons souvenirs.

Soudain, une main me taquine l'épaule et entreprend de me sortir de ma délicieuse torpeur.
Je m'attends à voir apparaître une superbe vahiné en paréo coloré et le buste pudiquement couvert d'un collier de fleurs m'offrir avec un sourire de carte postale un batida dégoulinant de fraîcheur...
Mais le ciel azur devient soudainement plafond et le décor d'océan turquoise se métamorphose en écran plat.

Ah ben voilà, je m'étais endormi dans mon fauteuil, devant le direct du tour de France...
La main qui me secoue pour me ramener sur terre, c'est celle de ma vahiné qui me rappelle gentiment que je dois encore rédiger ma petite chronique mensuelle et qu'il est grand temps !
Pffff ! Dites donc, monsieur Daninos, votre citation, vous l'avez écrite pendant les vacances, vous ?
J'étais bien, moi, sur mon île ! Enfin, quoi qu'il en soit, on ne nous a toujours pas taxé le fait de rêver...






La petite chronique du mois de juin




Magnifique spectacle vélivole...

Ils surgissent au-dessus de la cime des grands arbres du parc du château et effectuent une impressionnante démonstration de vol plané.

Leur envergure imposante et leur talent instinctif dans l'art de jouer avec le vent leur offrent une élégance aérienne dont se sont très certainement inspirés les frères Wright.

La perfection de ce ballet silencieux dessine sur la toile bleue d'un ciel d'été les spirales harmonieuses d'un vol digne d'un seigneur des airs.

Lorsque les conditions aérologiques leur sont favorables, ces fascinants rapaces maîtrisent parfaitement les courants ascendants. C'est une merveilleuse technique dont ces oiseaux ont eu le secret durant des millénaires, bien avant que l'homme n'en exploite les principes pour la conquête du ciel.

Le réchauffement de l'atmosphère que nous offre le solstice crée des mouvements d'air particulièrement propices au vol plané. Et ça, forts de leur merveilleux instinct, nos buses en connaissent très bien les subtilités. A la fois pilotes et aéronefs, elles sont admirables. Elles me passionnent, j'ai envie de leur crier : « Chapeau, buses ! »

Je n'ai par contre jamais beaucoup apprécié le terme de « buse » à l'occasion des examens de fin juin. Mes parents non plus...

Nos buses à nous, elles sont plutôt le symbole de la grande distinction au concours de vol.

Et en ce mois de juin, elles me paraissent plus magistrales que jamais. Sans doute, à l'instar de leurs prestigieux cousins, veulent-elles célébrer le bicentenaire de l'aigle impérial. Qui sait ?

Mais chez nous, il ne s'agit pas de morne plaine mais bien du décor verdoyant qui nous est familier.

La buse est aussi un exemple familial. Le couple est inséparable et gère avec beaucoup d'attention l'apprentissage des jeunes. L'académie française a manifestement manqué d'inspiration pour baptiser les jeunes buses. Je m'abstiendrai de les appeler « busettes » ou « mini-buses », vous allez dire que j'abuse...

Donc, il n'est pas rare, à la fin du mois de juin, de pouvoir observer le couple prodiguant de longues heures durant des leçons de vol plané à leur progéniture. Souvent deux à trois jeunes découvrent avec leurs parents les facultés de leurs rémiges fraîchement épanouies. En période d'examens, un tel apprentissage garantit une réussite absolue susceptible de convaincre la Coupole de supprimer le mot « buse » dans la liste des échecs du dictionnaire des synonymes...

Fières de leur licence de vol, les jeunes buses resteront quelque temps encore auprès de leurs parents, juste avant de prendre leur envol vers l'indépendance.

C'est bien connu, un bon juin entre deux buses, cela retarde les fuites...




La petite chronique du mois de mai



Que les autres me pardonnent...

Mais c'est aux Gougnaciens de ma génération que je m'adresse en introduisant ma petite chronique mensuelle.

Allez les gars, souvenez-vous, nous étions les privilégiés de l'époque sous la houlette d'un instituteur artisan d'une éducation d'appellation contrôlée et d'une qualité malheureusement très rarement égalée de nos jours.

L'école au mois de mai sentait bon le printemps et l'herbe nouvelle messagère des beaux jours réjouissait manifestement le lapin de Firmin parmi les jambages calligraphiés du livre de lecture.

Que du bonheur...

Cependant, quelques jours avant la fête de l'Ascension, une tradition venait égayer davantage notre statut d'élève du terroir. Rappelez-vous des « Rogations »... Pendant une heure ou deux, on oubliait les divisions sur le bois verni de nos bancs d'école et nous nous soustrayions aux additions qui se multipliaient d'un coup de touche magique sur l'ardoise noire...

Et c'était parti pour une balade printanière dans le décor prestigieux de notre environnement paré de son tout nouveau costume chatoyant et délicatement parfumé aux plus nobles essences de muguet et de lilas.

Nous formions une procession, coutume ancestrale perpétuée en hommage à la nature, prière collégiale sur un chapelet d'intercessions pour la protection de nos campagnes.

Monsieur le Curé arborait le chapeau de Don Camillo et bénissait tout au long de la promenade l'écrin verdoyant de notre village. L'accès à la propriété du château nous offrait alors de superbes images et flattait subtilement le côté bucolique de l'événement.

Notre participation à ces « Rogations » nous rendait conscients de la chance d'être nés sur une terre privilégiée et allumait chez certains la petite flamme qui consume à jamais l'indifférence à la poésie... En tout cas, je l'ai ressenti comme ça ! Pas vous ?

Les plus grands devaient aussi penser que ces processions en annonçaient une autre, et de taille ! L'apothéose récurrente de notre folklore, fête d'un terroir autour de la richesse de ses plus honorables valeurs.

Avec ou sans Don Camillo, une balade entre amis, en famille ou en groupes, c'est toujours un peu une procession. On communie avec la nature et le mois de mai nous le rend bien.

Quand le soleil est de bonne humeur, des milliers de cyclistes sillonnent les routes pittoresques de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Le parcours n'est pas toujours facile, notre pays est façonné de monts et vallées. Mais n'est-ce pas rendre hommage à notre environnement que d'y partager le bon air sous la bannière de l'amitié ?

Et puis, ces escapades sont bien souvent ponctuées par une certaine forme de bénédiction...

La fraîcheur de l'eau cristalline de la Molignée évoque immanquablement celle de la bière de Maredsous, dégustée par tous les membres du groupe sous la protection de saint Benoît...

Une rogation contemporaine...




La petite chronique du mois d'avril



Le dieu Râ reprend des forces.

Il se fait de plus en plus matinal et procède avec générosité à la distribution des énergies, lumière et douceur, vectrices de bonne humeur.

Sur le buffet de la cuisine, le père collateur ne peut cacher son appétit en fredonnant sa complainte quotidienne de borborygmes brésiliens aux parfums de moka en robe de chat noir, toujours ami au lait...

La maison s'étend en bâillant, le repos dominical a hypnotisé l'excitation de la semaine et l'atmosphère respire la quiétude. Mmmmmh ! Ca sent bon le dimanche !

Bientôt les petits pas en pantoufles de super-héros vont animer les marches de l'escalier et proclamer sans aucune discrétion le réveil officiel de la maisonnée.

Un dimanche, oui, mais un dimanche de fête...

Du clocher de l'église, on perçoit les vibrations ancestrales du coeur du village qui carillonne son humeur des grands jours.

Les enfants, ce jour-là et depuis des générations, vont s'évader dans le jardin magique du renouveau.

Ils vont découvrir parmi les jeunes fleurs le florilège gourmand et multicolore des friandises pascales. Parmi les plus grands, celui qui joue déjà au petit comique s'exprimera à travers un sourire malicieux : « Des oeufs dans les primevères, ça fait cloche... »

Que du bonheur, percevoir celui de ces têtes blondes qui s'émerveillent, le panier à la main, de toute la magie de cette récolte providentielle, celle qui rend aux gâteries d'un jour la place que gardent les enfants au fond de leur âme.

Rencontre inattendue d'un lapin tout blanc comme le bon lait avec une poule couleur cacao pur, ce qui laisse supposer que les messagères tintinnabulantes de la botte méditerranéenne prônent, elles aussi, la démarche multiethnique...

Le cadet, devenu depuis peu autonome sur ses gambettes, se fait discret...

Il s'est accroupi dans le parterre de bulbeuses. Il semble fasciné par le doré des jeunes jonquilles. Sera-t-il plus tard artiste, ou horticulteur ? Mais si on l'observe d'un peu plus près, on remarque très vite que parmi les fleurs, le coquin a découvert un nid... Une petite corbeille garnie de fausse paille mais de vrais oeufs en chocolat ! Les babines généreusement maculées du bambin laissent supposer qu'il a vite compris comment se débarrasser de l'emballage coloré pour savourer pleinement sa découverte. Bof, c'est Pâques, et c'est tout de même les grandes personnes qui ce jour-là sont les cloches ! Non ?

Et puis, les grands aussi auront leurs petits bonheurs.

A l'heure de l'apéro, quel plaisir d'écaler les oeufs durs colorés naturellement de pelure d'oignon, de betterave, de chou rouge, de curcuma, de les saler légèrement et de s'en délecter en famille entre deux goulées de ces premiers rosés frais de la saison qui exhalent déjà les parfums de l'été. Bien agréables prémices au gigot pascal...

Fête traditionnelle religieuse, fête du renouveau, fête familiale, Pâques c'est vraiment la fête du printemps et quelles que soient les convictions de chacun, c'est la fête des jours meilleurs.

On casse la coquille de l'oeuf pour savourer le retour à la vie...

Chez les Rolendiens, on casse aussi le verre pour savourer le retour de nos traditions...

Oui, Pâques, c'est décidément une belle fête !



La petite chronique du mois de mars



Mois de transition, réveil progressif d'une nature prudente, soucieuse de ne pas tomber dans le piège d'une rechute d'hiver, d'un ultime refroidissement susceptible de compromettre l'épanouissement des couleurs du printemps.

Mois d'équinoxe, dieu d'une guerre récurrente contre la nuit d'hiver, d'un combat victorieux contre une grisaille armée de bombardes à grêlons fouettant vainement sur les champs de mars une verdure forte de sa jeunesse.

Tristan Bernard disait du mois de mars qu'il est élégant car il est de ceux qui se mettent sur leur trente-et-un...

Et pourtant...

Là où les petites fleurs de chez nous doivent timidement ciseler leur renaissance, des aliens envahissent le terrain avec une désinvolture déconcertante.

Si pour certains férus de science fiction le nom de Mars évoque les extraterrestres, il faut cependant se rendre à l'évidence et rester sur terre, ces aliens sont bien terrestres.

Ils pullulent dans nos fossés sous les formes particulièrement inesthétiques de canettes, de bouteilles et détritus d'origines diverses.

Mars ne mérite en aucun cas telle invasion.

Il paraît que certains « pionniers » sont prêts à dépenser des milliards pour un voyage sans retour sur Mars en 2024... Spatial ? Je dirais plutôt spécial ! J'espère qu'ils ne balanceront pas leurs berlingots de boissons énergisantes lyophilisées sur les trottoirs des martiens surpris par l'apparition d'objets impromptus d'origine « extramartienne »...

Notre mars à nous, il est là, fidèle et rempli de promesses. Le billet pour le voyage vers le printemps n'est jamais sans retour et il est à la portée de chacun d'entre nous.

Il suffit de peu de choses pour restituer à notre mois de mars les atours qui lui reviennent.

Lorsque mars offre au terroir l'équinoxe du renouveau et ouvre le rideau sur la première scène du spectacle des couleurs, des gens de bonne volonté vont s'engager. Ils vont offrir à notre Wallonie un nettoyage digne d'un super-héros baraqué comme les reliefs de Fraiture, rasé comme le béton du barrage de la Gilette et au parfum de citron javellisé comme barrage de l'odeur...

Les 20, 21 et 22 mars, des centaines de bénévoles vont s'investir dans l'opération « Be Wapp » patronnée par le Ministère de l'Environnement.

« Wapp » comme « Wallonie plus propre »...

Ces soldats du dieu Mars vont faire la guerre à la crasse. Ils seront parfaitement équipés et notamment de gilets vert fluo. Des petits hommes verts, comme les martiens...

Bravo et bon courage ! L'opération devra vraisemblablement être récurrente, mais elle a le mérite de la détermination.

Et puis, à l'issue de cette entreprise, quel bonheur de s'octroyer tous ensemble un petit remontant au bar de l'amitié... Juste un petit coup ! Ben oui, un petit coup de bar, mars et ça repart...


La petite chronique du mois de février






L'année a débuté sous un ciel gris, triste...

Des événements ont prouvé au monde entier que le cauchemar peut devenir réalité, que l'impensable est possible.

L'hiver était un hiver comme les autres et pourtant notre société a contracté une mauvaise grippe, un mal dont les stigmates affecteront longtemps encore les générations de demain.
Un vent de violence a glacé les esprits, a figé nos terres au sein desquelles, grâce à nos ancêtres, nous pouvons sans vergogne semer les fleurs de la liberté.

Ca fait mal, ça fait peur. Mais la nature nous rassure...

Si rigoureux soit-il, l'hiver est toujours vaincu. Le sol gelé ne peut arrêter la sève du renouveau, c'est ainsi depuis que la terre existe. Les colères du climat peuvent s'avérer redoutables et engendrer de graves dégâts. Mais lorsque les éléments s'apaisent, l'harmonie reprend ses droits.

Ce mois de février est plus que jamais le symbole d'une victoire. Ceux qui ont soudoyé l'hiver pour semer le chaos ont offert à la sève du printemps qui s'annonce une richesse toute particulière.
Le long des allées du jardin, on devine les jeunes perce-neige qui défient la bise et semblent insensibles aux derniers assauts des frimas.
Comme chaque année, on les accueille avec enthousiasme : « Vous avez vu ? Les perce-neige pointent le bout de leur nez ! Ca va d'aller ! »...

Ne trouvez-vous pas que, cette fois, ils ressemblent à de petits crayons taillés de blanc et d'espoir ?

Ils sont là, tout autour de nous, avec le même message. Ils renaissent avec la ferme intention de redessiner notre printemps sans doute mieux encore que jamais. Et ça, les démons de cet hiver n'y avaient pas pensé...
Au sein de notre village, nous avons la chance de vivre en toute sérénité, libres de nous parler, d'échanger nos propos, nos convictions. Chez nous le pouvoir de l'humour ne fait aucun doute et parraine tout au long de l'année les activités qui nous rassemblent.

Quand je prends mon crayon et que je rédige ma petite chronique, j'ignore dans quelle mesure je serai lu. Mais il est une chose dont je suis certain, personne ne m'empêchera de vous faire part de mes sentiments...

Quelque part, en toute modestie bien sûr, je suis Charlie...





La petite chronique du mois de janvier




Loin de moi la subreptice intention de relancer, en ce début d'année, la très médiatique polémique concernant la dotation royale, mais j'avoue que je manifeste beaucoup de sympathie à l'égard de la « galette des rois »... Si certains démagogues de la politique suggèrent une recette plus légère, je trouve cependant, au risque de devoir payer plus d' « amandes », qu'une bonne épaisseur de frangipane offre à cette conviviale tradition toute la légitimité de son protocole.

Très dubitatif quant à l'évocation d'une retraite de monarque apparentée à la fin des haricots, je préconise la mise en exergue de la célèbre fève destinée à octroyer autour de la table familiale les honneurs du palais avec toute la subtilité de l'homonymie du terme...

Mais attention, la galette des rois n'est pas sans risque !

La traditionnelle fève dont les origines traversent le temps a subi des mutations. Petit Jésus de plâtre enfoui dans la pâte de nos grands-mères, elle prend aujourd'hui des formes multiples et parfois, disons, inattendues ! Je vous assure, il existe même des fèves « Kama-sutra »... On est loin des rois mages ! Et le convive qui va hériter du bon morceau, il sera le roi de quoi, lui ? Enfin, il aura eu au moins le pouvoir non négligeable de faire rire les autres.

Et puis, il y a toutes les figurines qui peuplent le monde des enfants.

Concernant ceux-ci, il est tout de même prudent de les avertir de la possible découverte d'un objet susceptible de troubler le processus de déglutition. J'ignore si, pour petit gourmand, un Schtroumpf est plus facile à avaler qu'un tyrannosaure mais il incombe aux parents de rester attentifs.

Remarquez que dans le monde des adultes, la prudence est également de mise.

Une énergie excessive déployée au service de la mastication risque d'assimiler l'obtention de la couronne en carton doré à la perte d'une autre couronne que seul le dentiste est capable de restituer. La fève reste, dans ce cas, en travers de la gorge. Le héros du jour est alors intronisé « roi de la déveine ». Dans le terroir wallon, on dira que ce roi à « mau l'air », même si ces propos paraissent quelque peu « incisifs »...

Les siècles passés, lors du partage de la galette des rois, le plus jeune des enfants de la maison devait se cacher sous la table et, à l'aveugle, attribuer une part à chacun des convives. Le roi des hasards quoi...

Il semble que cette coutume se soit estompée dans le courant des années soixante. Vraisemblablement en 1965, pour être plus précis. C'est cette année-là qu'un célèbre couturier français nommé Courrèges a fait de la mini-jupe un des plus appréciés dessous de table de l'histoire !

Le gamin qui devait alors attribuer les morceaux de galette attendait l'Epiphanie avec impatience et ce jour-là, le roi n'était pas son cousin...




La petite chronique du mois de décembre



Sur le seuil de l'hiver, la nature offre à ceux qui l'aiment et la respectent les belles images illustrant le calendrier des saisons.
Dès les premières gelées, une balade au coeur de nos bois est fertile en émotion. C'est une communion magique avec un environnement empreint de discrétion, une visite de courtoisie que l'on rend avec délicatesse à la faune et à la flore qui rassérènent le terroir en lui murmurant la berceuse de décembre.

Le sentier éco-pédagogique du bois communal est une invitation à respirer, à percevoir la fraîcheur de l'expiration des arbres du pays.

La forêt interprète piano son adagio d'hiver.

Et c'est joli...

Sur le sol à peine figé, les brindilles imitent sous nos pas la partition rythmée de la biscotte du matin.
Au sommet des grands chênes, le vent du nord siffle discrètement les dernières feuilles pour les inviter à rejoindre leurs consoeurs. Elles aussi doivent participer à la confection annuelle de la précieuse couette destinée à protéger les racines du printemps.

Le choeur des oiseaux est un peu paresseux, certes, mais le grand compositeur a tout prévu. L'allegro du renouveau printanier implique de bonnes voix et les petits chanteurs du bois doivent en hiver reposer la leur...

Là où le sentier longe la route de Sart-Eustache, un superbe conifère a acquis toute ma sympathie. Il est très élégant et source d'inspiration. Ses aiguilles sont particulièrement douces, généreuses et verdoyantes. Lorsque les premières neiges les saupoudrent avec finesse, l'arbre semble emprunté au décor d'une carte de Noël.

La fiche didactique qui vous le présente l'affuble d'un patronyme d'encyclopédie, « tsuga heterophilla »... Mais mon protégé mérite franchement une appellation plus poétique !
Tiens, c'est magique, la mélodie de « mon beau sapin » me vient à l'oreille... Voilà, je l'appellerai comme ça, « mon beau sapin » !
Alors mon beau sapin, en ce mois de décembre, je me l'imagine illuminé d'étoiles scintillantes et colorées. Avec les enfants du pays, je le garnirais d'enthousiasme et de foi en l'avenir.

Le village est riche en trésors et chacun d'entre eux est un cadeau que l'on peut déposer au pied de mon beau sapin.
Traditionnellement emballé dans son riche emballage galonné, j'y déposerais notre folklore et tout le bonheur qu'il procure tout au long de l'année.
Dans une corbeille de cotillons, je n'oublierais pas d'y apporter l'indéniable convivialité qui anime nos fêtes locales.

A toutes les branches de mon beau sapin j'accrocherais chaque instant d'amitié, de solidarité et de tolérance que nous apporte la vie du village.
En guise de flèche au sommet de l'arbre, je placerais la clef de l'avenir : le bon sens...

A l'occasion d'une promenade sur le sentier de Gougnies, arrêtez-vous quelques secondes devant mon beau sapin.

Vous ne le verrez plus de la même manière...




La petite chronique du mois de novembre



Dans le jardin du voisin, ils pavoisent...

Fiers de leur rondeur et de l'éclat de leur couleur, les potirons se prélassent parmi les fidèles saisonniers du potager.

Gardant au fond de mes souvenirs d'enfance une certaine nostalgie des lumerottes aux odeurs de betterave chatouillée par la flamme d'une bougie de cire, je m'efforce cependant d'« évoluer » avec mon temps. J'admire ces superbes fruits potagers dont l'appellation « cucurbitacées » fait rire les enfants et je les imagine en « stars » omniprésentes du film à gros budget que les anglo-saxons exportent chez nous sous le titre de « Halloween »...

Ceci dit, les potirons et leur famille m'inspirent davantage des idées culinaires aux parfums de bonne soupe, de gratin ou même de confiture...

C'est comme ça que je les vois, ces bonnes bouilles orangées qui garnissent les jardins d'automne.

En les observant chez le voisin, un jour que les pomponettes multicolores fleurissaient à nouveau les trottoirs des commerçants, j'aperçus un hôte inattendu et particulièrement sympathique. Il ne semblait nullement effarouché par la proximité des habitations et se dirigeait sans complexe vers le seuil de la porte où une écuelle contenait de petites croquettes destinées au félin moustachu de la maison.

Pas gêné, le mec !

A son masque de Zorro sur son petit museau pointu et sa queue touffue argentée rayée de noir, je reconnus le petit compagnon de Pocahontas, un raton-laveur.

Héé oui, comme sorti d'un Disney, ce petit effronté venait « scrotter » les « Friskies » du protégé de la voisine. Non content d'une nourriture plutôt généreuse offerte par nos bois grouillant d'une multitude d'insectes divers, il avait décidé de s'octroyer un dessert aux relents de civilisation, de goûter, peut-être par simple curiosité, aux fruits de la société de consommation.

Il ne paraissait certes pas du tout sous-alimenté, mais il faut savoir que ces locataires omnivores de notre terroir se préparent chaque année à passer l'hiver au chaud et assurent avant le début de celui-ci une confortable couche de graisse.

Pas bête le gars !

Dès la mi-novembre, il va s'installer douillettement dans son gîte dans un état de torpeur, une espèce de « farniente » à l'abri des désagréments de l'hiver. Il se réveillera à plusieurs reprises pour accomplir un petit nettoyage de son appartement. Ca, c'est instinctif car si on l'appelle « laveur », ce n'est pas spécialement parce qu'il a lu les aventures de monsieur Propre...

Et ensuite, à nouveau la sieste... Pendant que certains autres grelottent pour dénicher un bout de racine.

C'est pas idiot, hein ?

Et puis, monsieur raton-laveur, il ne craint pas le « black-out », lui...

Franchement, quand on lit les nouvelles, le matin, dans son quotidien préféré, on se dit que finalement, le raton-laveur, c'est peut-être lui le plus civilisé...






La petite chronique du mois d'octobre


Gougnies - Gougnies: le 49eme Tour des Marcheurs


Le bois de Scu revêt sans bruit son feuillage de fête...

L'événement sera important car il choisit méticuleusement les couleurs les plus délicates et se parfume avec les subtiles essences que lui offre la nature d'automne.

Les invités seront reçus avec tous les honneurs d'un protocole fidèle aux traditions du terroir. Un tapis doré sera déroulé pour les accueillir avec révérence.

Oyez bonnes gens, le bois de Scu va célébrer des noces d'or !

Il y a cinquante ans, deux hêtres ont vibré au son des fifres et tambours et se sont pris la main pour s'unir à jamais. Chaque année, en ce beau mois d'octobre, ils célèbrent l'anniversaire de leur union lorsque le pèlerinage des Rolendiens offre à la majesté de leur ombrage la délicatesse d'une courtoise visite.

En un cortège chatoyant émergeant de la brume matinale, les pèlerins vont leur adresser toute leur sympathie et l'assurance de leur attachement à ce Tour en l'honneur de sainte Rolende. Depuis un demi-siècle déjà, celui-ci défie le vent d'automne au-delà de nos campagnes qui peu à peu s'engourdissent au seuil de l'hiver.

C'est une magnifique tradition, parfaitement inscrite dans le livre d'or de nos richesses locales, née il y a cinquante ans d'une grande émotion et qui a grandi dans la chaleur d'une dévotion valorisant notre folklore et la vie de nos villages.

D'un clocher à l'autre, l'écho de nos Marches va proclamer l'événement et les vibrations des tambours vont, entre les murs de pierre, inviter le coeur des villages à battre la chamade.

Les noces d'or, c'est une fête de famille, le bonheur de se retrouver, de se raconter, d'évoquer ensemble les chapitres des années qui passent. Cela correspond parfaitement à l'esprit de notre folklore. Les Marches sont vectrices de relations humaines et, nul ne peut en douter, attisent chaque année le feu sacré des Rolendiens convaincus.

Alors, à l'instar des deux hêtres inséparables du bois de Scu, réjouissons-nous de la pérennité de nos traditions et vibrons avec eux au rythme des fifres et tambours qui depuis maintenant cinquante ans emmènent dans la fraîcheur d'automne Marcheurs et pèlerins à travers notre campagne ponctuée par les clochers du terroir.

Le soir, lorsque les cloches de Villers résonneront en apothéose, les jambes des pèlerins seront certes quelque peu éprouvées, mais au plus profond de chacun, ce sera la conviction d'avoir participé à un bel hommage et de pouvoir l'inclure dans l'album des beaux souvenirs.


Bon anniversaire au Tour cinquantenaire et que les générations à venir prennent bien soin de lui...






La petite chronique du mois de septembre





La muse du poète dit que septembre est le printemps de l'automne...

Les fruits couvés par le soleil du mois d'août s'épanouissent dans nos vergers et éclosent dans le nid des saveurs du pays.

Les arbres que nous respectons nous invitent au festival gourmand des tartes et confitures d'antan. Ils ont ainsi la délicate gentillesse de nous faire oublier que la fin de l'été se pointe à l'horizon...

Lorsqu'il écoute sa muse de septembre, Victor Hugo évoque la rentrée des classes et nous écrit que les maîtres d'école sont des jardiniers en intelligences humaines. Septembre est le printemps de l'automne et celui du savoir...

Le mot « culture » s'écrit sur les terres fertiles de notre terroir et sur les bancs vernis de nos écoles de village. Les petites sandalettes qui depuis de nombreuses générations érodent les marches en pierre du palais de la connaissance gambadent joyeusement parmi les vagues de cris d'enfants qui déferlent sur la cour de la première récréation.
L'école du village est un bien précieux, inestimable dans le cadre d'une éducation à la fois tournée vers l'avenir et respectueuse de ses racines.

Le souffle des anges du savoir attise en classe l'étincelle de la volonté du connaître. Des vents d'anges quoi... Ah là, ma muse me tend une perche ! J'avais justement envie de saluer nos amis des bords de Loire pour qui les derniers jours de septembre sont aussi balayés par des vents d'anges...

Toute la science d'un savoir-faire séculaire s'épanouit aussi au printemps de l'automne. Les vendanges finalement, c'est un peu comme la rentrée des classes, c'est le début d'un millésime...

Mais si la muse de la sagesse vous dit que le fruit des vendanges doit se consommer avec modération, répondez-lui que le fruit des vents d'anges du savoir est trop précieux pour le gaspiller...

... Et qu'il y aura toujours un comique pour dire que la culture, c'est comme la confiture...






La petite chronique du mois d'août





Voyons voyons, « m », « ma », « mar », voilà, « marauder », « commettre un maraudage » ! Ben tiens ! Ils ne se sont pas cassé la tête, sous la Coupole ! Donc allons voir à « maraudage », voilà, « vol de fruits, de légumes encore sur pied, synonyme de maraude ».

Messieurs les académiciens, je trouve que vous manquez un peu de poésie. Vous n'avez jamais été gamin, vous ? Bon d'accord, le maraudage est un petit larcin mais tellement sympathique, tellement empreint de merveilleux souvenirs d'enfance. Définir les petits chenapans que nous étions de « voleurs », au même titre que les sinistres encagoulés à la kalachnikov, c'est y aller un peu fort, non ? L'habit vert vous monte un peu au bicorne, ça c'est sûr ! D'ailleurs, si vous aviez la conscience tranquille, vous n'écririez pas en si petit dans le dictionnaire, na !

Bien, revenons à nos pommes d'août. Car c'est bien ces premiers fruits de la fin de l'été qui inspirent mes souvenirs aujourd'hui. Les dernières semaines des grandes vacances exhalaient déjà des parfums de cuir neuf de cartables en phase de réveil, il fallait faire vite pour ne pas faillir à la tradition en culottes courtes, la subreptice cueillette de quelques jeunes pommes sur les branches de nos escapades. Ces fruits juteux avaient certes l'acidité de la précocité mais ils avaient surtout la saveur de l'interdit croqué à pleines dents par les petits garnements téméraires que nous étions. Avec modération, ces petits larcins ne causaient bien évidemment aucun dommage au niveau de la récolte et les séquelles d'un éventuel excès de consommation de fruits pas très mûrs se situaient au fond de la culotte... Horatio Caine aurait pu se passer de son équipe pour nous identifier !

Aujourd'hui, j'ai besoin de bonnes lunettes pour trouver le mot « maraudage » dans le petit Larousse, mais elles ne me sont pas nécessaires pour repérer le petit roux qui maraude chez moi.

Oh, il n'est pas seul, bien sûr, mais il s'avère particulièrement adroit. Il n'est pas très grand mais sa rousseur le distingue parfaitement des autres. Je l'appelle « le p'tit roux », comme le boulevard carolorégien bien connu...

Il sait très bien que je l'observe quand il agite énergiquement les branches de mes arbres mais, comme s'il me taquinait, il poursuit sa cueillette avec une subtilité d'acrobate.

Franchement, la scène est pittoresque et il serait dommage de mettre un terme à cette expédition en la réprimandant de quelque manière que ce soit.

« Le p'tit roux » et ses comparses reviendront à maintes reprises marauder dans les branches du noyer et des noisetiers car des pommes d'août, pour des écureuils, c'est un peu encombrant à chaparder...



La petite chronique du mois de juillet




Belle journée en ce début d'été !

Dès le petit matin, le soleil s'est avéré généreux et délicat à la fois.
Un crescendo de chaude luminosité a minutieusement récolté les perles de rosée semées par l'aurore sur les fils de soie patiemment tissés par l'épeire diadème de nos jardins. Les passereaux exécutent avec brio leur improvisation quotidienne, hymne spontané à la beauté du terroir. Les agneaux du printemps bêlent leur inquiétude. Le manteau que la nature leur tricote progressivement au fil des semaines frôle l'inconfort lorsque l'astre de juillet déborde d'enthousiasme...

Peu avant midi, l'atmosphère a parfaitement ajusté son thermostat climatique sur l'idéal anticyclonique et diffuse sans scrupule à l'égard de ceux qui turbinent un parfum câlin de vacances. Les feuillages inondés de lumière jouent gaiement avec le souffle léger d'un petit vent bienfaisant. Ils offrent sous leur capeline d'émeraudes l'ombre salutaire, l'accueillante tonnelle particulièrement appréciée par les Nogentais quand les filles sont belles et que le petit vin blanc est frais...

Le temps idéal pour un vol en solo !

Peu avant le décollage, une petite inspection du matériel s'impose. La liste des vérifications est suivie à la lettre par le pilote et tout semble en ordre, les ailes, le train d'atterrissage, les antennes paraissent parfaitement conformes et adaptées à un vol d'été.

Le fuselage jaune et noir s'éloigne de la piste d'envol et poursuit avec précision l'itinéraire fixé par sa mission.

Après un survol pittoresque des champs en robe dorée incrustée d'une multitude de rubis à la veille de la fête des moissons, le pilote effectue un rase-motte parmi les graminées prodiguant au foin de l'hiver toute la saveur de nos pâturages.

Ayant repris un peu d'altitude, il repère le clocher et s'offre une vue imprenable sur la place du village qui vibre encore des souvenirs tout proches des festivités de Pentecôte.

Le moment d'un exercice d'approche semble opportun.
La cible potentielle se précise sous la forme d'un parasol coloré épanoui comme la corolle d'une fleur d'été dans un jardin coquet.

Atteindre l'objectif nécessite parfois quelques acrobaties qui peuvent présenter certains risques.

Ayant négligé les règles élémentaires de sécurité concernant la vitesse et l'altitude d'approche, le pilote touche la cible et perd le contrôle...

«Mayday, mayday... PLITCH »

Le crash !

«Et m... ! Les gars ! L'apéro commence bien ! J'ai déjà une guêpe dans mon rosé... »




La petite chronique du mois de juin





Oui ça va, on finira par le savoir que le carré de la longueur de l'hypoténuse d'un triangle rectangle est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés... Merci monsieur Pythagore ! Il paraît que vous étiez philosophe... Ben tiens, si vous étiez vraiment philosophe, vous auriez dû savoir que des siècles après vous, des pauvres gars comme nous allaient devoir étudier un lundi de Pentecôte pour préparer un examen de maths ! Il faut du moral pour défiler parmi les tétraèdres euclidiens alors que les copains défilent dans les rues du village au rythme des fifres et tambours... Rester concentré !

« BRAAAAAAM ! »

Ah, la messe est terminée, ils sont sortis de l'église et ont effectué la première décharge de la journée... Mais, il faut rester concentré ! La longueur de l'hypoténuse est toujours supérieure à celle de chaque vitoulet, euh non, côté ! Bon sang, je vois des vitoulets partout, c'est vrai qu'ils vont maintenant déjeuner ! Un bon moment de convivialité... Enfin, consolons-nous en pensant que ni Pythagore, ni Euclide, n'avaient la chance de disposer de vitoulets pour démontrer le grand théorème de l'amitié ! Bon, revenons à nos joyeusetés. Prenons un triangle rectangle dont un côté est formé par une ligne de 30 grenadiers, l'autre d'une ligne de 35 artilleurs, combien de sapeurs forment-ils la ligne de l'hypoténuse ? Ah, tout de suite, le théorème devient plus sympa ! Rester concentré !

« Ra... Fla... »

Ca, c'est le pas de route, la batterie rassemble les hommes pour la prise du drapeau !
Superbe prestation de la compagnie formant un angle droit devant l'église et dont l'hypoténuse est parcourue par les majors sur la surface de la place communale. Bon sang, rester concentré ! Sainte Rolende aidez-moi, rendez-moi sourd durant quelques heures et faites que le prochain ministre de l'enseignement soit gerpinnois ! Ce n'est pas très charitable de programmer un examen le mardi de Pentecôte ! Non mais ! Et les profs, ils ne marchent pas, eux ? Enfin, la compagnie va partir à Villers, je vais pouvoir consacrer toute mon attention à ce pèlerinage dans les méandres de la géométrie euclidienne. Quoi ? Il est déjà midi ? On mange quoi ? Des vitoulets !!!! Même ma propre mère est complice...

« Ra... Fla... »

Comme celui du triangle, le sommet de la Rentrée à Gougnies est à l'opposé des côtés adjacents à l'angle formé par les pelotons de la compagnie présentant les armes à la Châsse de sainte Rolende. Comment voulez-vous que je me concentre au rythme du pas ordinaire ? La procession est là, chez nous, et moi, je suis devant mon livre de maths, avec un coeur comme ça, les tripes nouées et une rancoeur toute particulière envers un système scolaire complètement dépourvu d'humanité. Les fantasmes les plus farfelus hantent mes neurones atteints de géométrite aiguë. Je vais les alerter tous, « Les droits de l'homme », « Amnesty International » et tous les autres !

« BRAAAAAAM ! »

Ca, c'est Biesme qui tire ! La Châsse va franchir le porche de notre église et puis, après la décharge de notre compagnie, elle poursuivra son traditionnel périple vers Fromiée... Ils se retrouveront tous à Gerpinnes pour l'apothéose. Il faut maintenant recréer un environnement favorable à la concentration et rattraper le temps perdu. Construisons des carrés sur chaque côté du triangle et prouvons que la somme des surfaces... etc...etc... Bataillons carré quoi !

Ces jours-là, on aurait tant voulu vieillir !

Et aujourd'hui, on aimerait tant y retourner...




La petite chronique du mois de mai





Au pays des Marcheurs, ne dirait-on pas que nos champs ont enfilé leur pantalon de gendarme ? Le jaune éclatant du colza joue avec les couleurs du printemps. Il offre au folklore la plus belle affiche éditée par dame Nature et imprimée par le soleil de mai. Les infatigables butineuses se gorgent de nectar et, dans un bourdonnement incessant, nous rassurent sur la saveur du prochain miel. Une promesse de qualité et d'authenticité...

Et la nature, bien souvent, tient ses promesses...

Les chatons des noisetiers ont rempli leur mission... Le pollen coquin a taquiné quelque peu les nez sensibles et laisse maintenant apparaître les jeunes noisettes. Elles se blottissent confortablement dans leur involucre dont l'âcreté surprenait autrefois la gourmandise de nos quenottes de gamins. Il n'y a aucun doute, la cueillette sera généreuse et les écureuils pourront s'en donner à coeur joie. Ils seront fidèles à leur réputation d'icônes de l'épargne et leurs provisions ne manqueront en aucun cas...

Et la nature, bien souvent, tient ses promesses...

Les pétales blancs délicatement rosés des fleurs de pommier ont gaiement virevolté dans le vent d'ouest. Oh, ce vieux fruitier de nos vergers n'est pas pressé ! Il a tout le temps. Ses fruits attendront le début de l'automne pour se colorer et présenter leur petit numéro d'imitation de pommettes vermeilles de petits maraudeurs. Légitime spectacle séculaire dont nous avons tous été un jour les acteurs. Mais elles sont là, les petites pommes, minuscules encore mais qui promettent de savoureuses compotes, fiancées idéales pour notre boudin-frites national...

Et la nature, bien souvent, tient ses promesses...

Mai a réellement la finesse d'un grand sage. Il tient absolument à nous mettre en garde contre les préjugés. Il nous présente une famille Groseille débordant d'enthousiasme dans la perspective d'une abondante récolte. Modestie et insignifiance seront légendes car les grappes sont bien garnies et les tartines du matin s'en réjouissent déjà. Véritable apothéose du petit déjeuner, tout le plaisir de la gelée acidulée jouant avec le bon beurre de ferme et le pain de campagne la symphonie des petits bonheurs. Les cousines de Cassis raconteront en hiver des histoires de famille autour d'un petit verre de liqueur maison. Chaleureuses complicités...

Et la nature, bien souvent, tient ses promesses...

Et puis en mai, des feuilles peuvent aussi virevolter. Elles sont soigneusement repliées et prennent les couleurs de leur destin. Leur mission ne dure que quelques heures. Elles disparaissent derrière le rideau de la discrétion et atterrissent inexorablement dans les urnes... Elles participent dans l'isoloir au grand florilège des promesses...

Mais là, dame Nature n'y peut rien...





La petite chronique du mois d'avril




Cette fois, je n'y coupe pas, je suis atteint de leucosélophobie...

Non, inutile de vous précipiter sur votre petit Larousse illustré, l'Académie française semble également avoir une phobie, celle de ces termes adulés par les psys et pas particulièrement littéraires. Mais vous pouvez consulter le professeur Wikipédia, il vous expliquera que ce mot à ne pas essayer de prononcer un mercredi de Pentecôte est un synonyme du syndrome de la page blanche...

Avec la sève nouvelle monte en moi une apathie manifeste à l'égard de mon job, une démission totale de mes (quelques) neurones face à cette petite chronique dont j'ignore même le très hypothétique intérêt qu'elle pourrait éventuellement susciter chez l'un ou l'autre lecteur indulgent...

Non, ça ne va pas !

En fait, je sèche ! Comme jamais ne le fit l'encre noire sur la plume d'un Hugo face à la richesse de son oeuvre... Bon, d'accord, évocation emphatique, je vous le concède. Comparons ce qui est comparable...

Comme disait Marcel Achard, « J'ai des tas d'idées brillantes et nouvelles, mais les brillantes ne sont pas nouvelles, et les nouvelles ne sont pas brillantes ».

Oh oui, je pourrais encore vous parler du printemps, des primevères, du renouveau, de la nature qui revêt ses atours de fête dans un florilège de couleurs chatoyantes et blabla, blabla, blabla...

Bien sûr, je pourrais encore évoquer les bonnes joues vermeilles des bambins à la chasse aux oeufs de Pâques, décorés de jolis rubans « made in China » et exhalant les parfums gourmands de bon chocolat belge et blabla, blabla, blabla...

Bien évidemment, je ne pourrais en aucun cas oublier les premiers roulements de tambour ricochant allègrement sur les vieilles pierres du pays de notre village et blibli, blibli, blibli...

Et bien non, je pose un regard lymphatique sur mon clavier, je constate que lui aussi, il manque d'inspiration, car son texte commence toujours par « azertyuiop... ».

Je sais, cela n'a aucun intérêt... Comme mon job, finalement.

Bah ! J'espère que ma chère et tendre ne souffre pas, en ce début de printemps, du syndrome de la casserole blanche, la « boustifaillophobie », et qu'on va bientôt passer à table. Je n'ai pas fait grand-chose mais j'ai tout de même la dalle...

Tiens, au fait, qu'est-ce qu'il y a au menu aujourd'hui ?

Ah bon, du poisson ?

Mais oui, bien sûr, un poisson d'avril...




La petite chronique du mois de mars





La journée avait plutôt bien commencé.

Le soleil se faisait de plus en plus matinal et semblait manifestement levé du bon pied.

La nature avait amorcé son processus de réveil et attisait ainsi les braises d'un enthousiasme engourdi par l'hiver.

Le terroir retrouvait ses couleurs, ses parfums, sa symphonie joyeuse pour petits instruments à bec sur la partition des passereaux.

Dans les jardins, en tutu blanc sur jupon liseré de vert, les perce-neige effectuaient avec beaucoup de charme le très joli ballet composé par le vent d'ouest.

Les mésanges bleues, en tenue irréprochable malgré la fréquentation quotidienne de charbonnières, consacraient beaucoup d'énergie à expliquer aux merles qu'il n'est point civique de gaspiller la nourriture. Elle picoraient avec précision les reliquats des dernières petites boulettes de graisse incrustées de graines accrochées aux arbustes.

Sur le faîte du toit, un couple de tourterelles portugaises se lançaient un défi : « Roucoule ! Roucoule ! ». Mais prudentes, elles se gardaient bien de s'aventurer sur le versant de la toiture et restaient sagement agrippées à la faîtière.

Soudain, dans un affolement collégial, tous ces petits amis à plumes s'envolèrent comme s'ils pressentaient un réel danger.

Le ballet des perce-neige se mua en un rock'n'roll endiablé, le pianissimo du violon emporté par le mezzo forte des instruments à vent.

C'est alors que je l'aperçus.

Il venait de l'ouest, menaçant et impressionnant.

Il semblait provenir d'un autre monde, loin dans l'espace, et ne présageait rien de bien rassurant.

Une grande masse sombre venait de survoler la campagne gerpinnoise et progressait en silence vers notre clocher.

Ce vaisseau spatial était-il animé d'intentions belliqueuses ?

On allait vite le savoir.

Sans le moindre coup de semonce, il se mit à nous bombarder de projectiles.

Mais bien heureusement, les munitions utilisées par ce visiteur de l'espace semblaient dérisoires et éphémères.

Serais-je le témoin d'une rencontre d'un nouveau type que je pourrais à mon tour raconter à monsieur Spielberg ?

Et si je faisais connaissance avec un petit alien de mars ?

Un petit homme vert de mars ? Meuh non ! Un VEAU de mars ! Là, j'étais vachement rassuré...





La petite chronique du mois de février




Il aimerait tant offrir à sa valentine un cadeau dont il serait fier...

Depuis toujours, il rêve de lui déclarer sa flamme en l'emmenant au-delà des océans se dorer le visage au soleil d'une plage au sable chaud...

Dans sa valise, entre deux bermudas fleuris, il aurait discrètement glissé son petit cadeau, un subtil parfum d'été joliment présenté dans un écrin de couleur.

Ce matin-là, sur la partition gazouillante de la chorale des oiseaux, il aurait composé une chanson d'amour dont les notes vogueraient comme le vent au rythme des embruns.

Le ciel serait un archet de bonheur jouant sur la corde de l'horizon la grande symphonie en bleu majeur.

Dans les yeux de son amoureuse brillerait la sincérité de ses sentiments et de sa fidélité. Avec une délicate féminité, elle aurait posé sur le dos de la main une perle de parfum, l'aurait humée avec élégance et d'un petit gémissement sensuel en aurait manifestement apprécié les essences.

Lui, il serait resté figé par tant d'émotion, tremblant comme un jeune marié, aurait dit monsieur Bécaud, « ah que c'est l'amûûûr », aurait dit Johnny...

Oui mais voilà, tout cela c'est du rêve, de belles images qu'il essaie tant bien que mal de colorer dans les nuages pressés des matins d'hiver.

Du froid, du vent, de la pluie ou de la neige, il reste irrémédiablement prisonnier.

Chez nous, c'est comme ça depuis toujours et, finalement, cela ne manque pas de charme non plus !

Et puis, pour courtiser une belle dame, il faut se vêtir de ses plus beaux atours.

Il vous serait bien malaisé, monsieur Février, pour déclarer votre flamme à dame Nature, de vous mettre sur votre 31 !

Vous possédez certes le 14 le plus romantique du calendrier, mais vous n'aurez malheureusement jamais de 31...



La petite chronique du mois de janvier




Nous les Belges, nous avons tout de même du talent dans pas mal de choses ! Bien sûr, nous sommes mondialement réputés pour le fumet de nos frites, la saveur de notre chocolat, l'onctuosité et la diversité de nos bières, l'art du compromis dans des situations communautaires particulièrement rocambolesques et j'en passe. Mais il est aussi un domaine dans lequel nous excellons, c'est la bande dessinée.

Nous savons tous que les héros de bédés les plus connus de la planète sont des compatriotes de Jacques Brel et d' Eddy Merckx... Des stars parmi les stars...

Mais je m'abstiendrai d'en établir ici une liste non exhaustive car ces petits personnages sont protégés par des « kopiraïts » très étroitement surveillés par les héritiers de grosses machines financières et d'éventuelles poursuites risqueraient, en ce début d'année, de grever méchamment mes modestes étrennes...

Ceci dit, je peux en toute liberté évoquer les aventures d'un célèbre reporter, les péripéties d'un groom sympa, des pilotes de voitures, d'avions, des hôtesses de l'air sexy et tant d'autres...

Mais ce que m'inspire ces premiers jours de l'an, c'est le côté humain de ces petits bonshommes bleus que tous les petits et les grands affectionnent particulièrement. Si leur nom n'est pas toujours facile à orthographier (remarquez qu'il l'est plus en flamand qu'en français), il est cependant aujourd'hui parfaitement prononcé par tous. On les voit partout, dans les bédés, au cinéma, dans les magasins de jouets et ils aiment faire la fête ! Tiens comme nous, les Belges...

Alors, pour respecter le « kopiraït » protégeant ces petites vedettes bleues à bonnet blanc, je vais vous en parler brièvement, comme ça, en les imaginant un peu différents tout en étant absolument pareils...

Dans le village qui s'éveille, les Bonanés vaquent à leurs premières occupations.



Le Bonané à Lunettes inonde son entourage de recommandations pour bien commencer l'an nouveau: les Petits Bonanés devront aller à l'école et apprendre avec sérieux leurs leçons tandis que le Bonané Bricoleur devra travailler et bien sûr payer avec le sourire un gros paquet d'impôts...

Le Bonané Costaud déploie sa force et son énergie à l'orée de la forêt pour en ramener le précieux bois de chauffage...

Le Bonané Coquet s'est coiffé de son plus joli bonnet pour présenter ses voeux tandis que le Bonané Poète adresse les siens en alexandrins...

Le Bonané Financier compte ses pièces afin d'ajuster sa générosité au potentiel de son budget...

Le Bonané Paresseux reste fidèle à son fauteuil et se laisse masser en un jacuzzi musical par les bulles tourbillonnantes de Vienne et le sourire à la mode « Stradivarius » d'André Rieu...

Le Bonané Bêta attend le Père Noël.

Le Bonané Grognon n'aime pas tout ça.

Le Bonané Gourmand, lui, fait honneur aux traditions locales et effectue son pèlerinage. Les chapelles sont nombreuses et les offrandes y ont la saveur de la pâte à bonans et les parfums capiteux des bonnes liqueurs du terroir... Mais attention... Au coin de la rue, il y a le...

Bonané Farceur ! Héhé, le petit coquin aime beaucoup offrir son cadeau-surprise. C'est un petit instrument à vent avec une embouchure caractéristique. Il invite le Bonané Gourmand à jouer un petit air et couic, c'est le piège ! L'impact de la farce est proportionnel au pourcentage d'alcool affiché sur l'objet du gag... Ils ne rient pas tous...

Et puis, il y a la Bonanette qui veille, en parfaite maîtresse de maison, à ce que tous les Bonanés soient bien reçus.

Mais dans la forêt, il y a un infâme sorcier qui n'aime pas les Bonanés.

C'est le terrible Kalorialapel. Il est jaloux du bonheur des Bonanés et leur jette des sorts. Dans son laboratoire diabolique, il compulse le grimoire maléfique pour concocter en ricanant certaines recettes comme le kolèstérol, le gamagété ou autres malédictions qui déforment le profil des pauvres petits Bonanés...

Heureusement, fort de sa sagesse, le Grand Bonané veille à la santé de ses Bonanés et leur prépare avec toute sa science une séance de remise en forme étalée sur les prochaines semaines...





La petite chronique du mois de décembre





Amoureux ! Depuis que le beau mois d'hiver existe, ils sont amoureux...
Amour de toujours mais amour platonique, amour impossible.

Eux, ils viennent d'un monde où le froid règne en roi suprême, maître incontesté coiffé de frimas et portant au-delà des campagnes la parole du dieu Eole.
Elles, chaleureuses et lumineuses, dansent avec élégance dans le monde ouaté et calfeutré du cocon familial.

C'est une belle histoire ancestrale qui illustre avec émotion l'atmosphère de la magie du mois de décembre.
Et pourtant, longtemps, très longtemps, leurs rares rencontres ne furent que le fruit du hasard. Seuls un furtif courant d'air ou une porte entrouverte leur offraient l'espoir d'un contact charnel tant espéré. Mais leur étreinte était alors de courte durée...

L'image de décembre, dessinée, contée ou chantée par les hommes, évoque depuis des générations ces épousailles utopiques entre les flocons de l'hiver et les petites flammes des bougies de la fête.

Chaque fois que le flocon s'approchait de la petite flamme pour lui déclarer la sienne, leur brève idylle devenait larme de désespoir... Le pauvre flocon, dans son beau costume de cristaux ciselé par les dentellières de dame nature, subissait l'impitoyable loi de la liquéfaction et son amour s'en allait à vau-l'eau. La petite flamme vacillait alors en guettant, pleine d'espoir, le prochain souffle du vent d'hiver...

Un artisan créateur de bougies sensible et romantique aurait-il vendu la mèche ? Aurait-il ressenti de la compassion pour ces tristes cires d'amours déchues ?
Aurait-il rêvé d'un flocon amoureux dont il aurait, comme la magie de l'hiver le conte, remonté cristaux ?

Sans doute...

La science a du talent, c'est indéniable, mais elle peut aussi avoir un coeur. Forts de leurs connaissances technologiques, les hommes contemporains ont cherché, créé et, sans trop de peine, ont réussi cet enchantement qui égaie les derniers jours du mois de décembre. Enfin, les flocons virevoltant avec toute la poésie du bonheur content fleurette aux petites lumières de la fête. Le spectacle en vaut la peine. Les innombrables petites étoiles embrassent avec passion les doux flocons et scintillent sans compter pour partager leur amour...

Les cartésiens disent que ces petites flammes sont devenues leds...
Moi, je trouve ça très joli !




La petite chronique du mois de novembre





Au moins une fois par semaine, elle fait ripaille.

La boîte aux lettres doit avaler et digérer tant bien que mal une abondance gargantuesque de nourriture commerciale, un mille-feuille riche en sauce publicitaire censé nous rendre la vie plus agréable...

A l'instar des légumes, chaque saison a ses produits et chacun des annonceurs semble se lancer dans une course effrénée pour être le premier à nous le rappeler.

A la veille des longues soirées d'hiver, ils tentent de nous persuader que, pour ne pas devenir fou, il faut acquérir son écran plat chez Tartempion et qu'à l'achat de quatre sacs de pellets, vous avez droit à une coupe de cheveux chez le coiffeur du coin. Ben oui, quatre pellets et un tondu...

Depuis quelque temps déjà, les feuillets publicitaires font frissonner !
Productrice d'adrénaline, la glande surrénale a ses raisons que la raison ignore.

L'épouvante devient fête et les images jonglent avec le macabre. Dans un décor de cimetière, une ribambelle costumée semble évoquer un succès de Michael Jackson...
Et les publicitaires n'y vont pas de main morte, c'est le cas de le dire ! Crânes grimaçants, chauve-souris, squelettes plus vrais que celui du cours d'anatomie, bourreaux cagoulés, la hache à la main et le regard tranchant, vampires à la bouche maculée comme la binette d'un gamin après le goûter agrémenté de gelée de groseilles... Quant au défilé de sorcières, sans rire, il rappelle tout de même certains défilés de mode contemporaine, vous ne trouvez pas ?

Et tout ce « beau » monde se balade dans une plantation de terrrrrifiantes cucurbitacées, citrouilles et potirons sculptés avec un talent effrayant. La magie de la citrouille... Il paraît qu'elle peut se transformer ! Mais oui, quand la fée de la cuisine la métamorphose en bonne grosse soupe d'hiver, bien chaude et réconfortante, ça c'est de la magie ! Ma fraîche tartine s'allonge alors, en une étreinte gourmande, sous son amant de toujours, le bon beurre du pays...

Parmi nos jeux d'enfants, il y avait cette coutume ancestrale qui consistait, sans bourse délier, à récolter quelques belles betteraves fourragères, plus rouges que les sucrières, et de les évider soigneusement. La cavité ainsi réalisée permettait d'y fixer une bougie et de sculpter avec humour un visage plus rigolo qu'effrayant. On avait vite compris qu'on ne terrorisait personne avec nos lumerottes mais, envoûtés par ces parfums mêlés de pulpe de betterave grillée et de cire de bougie, on s'amusait vraiment bien, comme des petits fous que nous étions car les écrans plats n'existaient pas et Tartempion n'était pas né...

Aujourd'hui, des fêtes aux lumerottes renaissent en Wallonie, à Tubize ou Quevaucamps notamment. Dans le nord de la France, à Boulogne, a lieu chaque année une tradition au cours de laquelle les participants sculptent des lanternes dans des betteraves. C'est la fête des Guénels. C'est tout de même plus joli à prononcer que « Halloween », non ? Et moins commercial, c'est sûr...




Le petite chronique du mois d'octobre




Personnellement, je trouve qu'en dépit du temps qui passe, elle reste une très jolie femme...

Allez franchement, quand on prend la peine de bien la connaître !

Je suis convaincu que même les champions du négativisme inné toujours prêts à dégainer leur arme chargée à la critique facile ne sont pas complètement insensibles à son charme. Ben tiens, on peut être né râleur mais avoir du goût, non ?

Regardez, quand le soleil se lève avec une âme d'artiste, il déploie dans la chevelure de la belle un nuancier de blondeur que met en exergue de subtiles touches dorées.

Oh bien sûr, elle n'est plus toute jeune mais si son humeur s'avère brumeuse dès les premières heures de la journée, l'éclat de son sourire à tôt fait de dissiper les nuages du doute.

Et puis ses yeux... De superbes yeux noisette lui confèrent un regard à la fois empreint de douceur et vif comme celui de l'écureuil qui, quoi qu'on en dise, n'épargne pas nécessairement ses efforts pour assurer sa retraite d'hiver...

Sa voix... Quand elle chante, on dirait le vent qui caresse les feuilles en imitant la rengaine des déferlantes sur une plage d'été.

Sa classe... Le couturier qui dessine ses robes s'inspire des plus authentiques esquisses des remarquables créations de la nature. Il valorise avec beaucoup de talent les lignes les plus fluides d'un environnement lumineux et serein. C'est simple, c'est vivant, c'est beau.

Et alors son parfum ! Ou plutôt devrais-je dire « ses parfums » ! Parfaitement assortis à la couleur de ses yeux, ils nous enveloppent délicatement d'essences boisées aux parfums nuancés. Tantôt ils évoquent la saveur prenante du brou de noix, tantôt ils invitent gaiement nos capacités olfactives à reconnaître la petite pointe acide de la pomme, celle que l'on aime retrouver dans une bolée de bon cidre...

Comme beaucoup d'entre nous, j'éprouve énormément de plaisir à me balader en sa compagnie.

Oui je sais, on dit qu'elle est suivie par un personnage qui, bien que très respectable, manque indéniablement de chaleur. Mais peu importe, elle est toujours la bienvenue et je l'assure de toute mon estime.

Vous avez beaucoup de charme, Dame Automne...



La petite chronique du mois de septembre



Peut-on imaginer un grand-papy qui ne raconte plus d'histoires ?
Est-ce possible qu'un témoin de notre enfance, de celle de nos parents et grands-parents, cesse un jour de nous murmurer à l'oreille les anecdotes ensoleillées de joie ou ternies de tristesse qui composent la sève de notre village ?
Parce qu'il s'agit d'un fameux conteur, ce grand-papy, d'une mémoire sculptée dans un bois dont on fait des centenaires...

Oh bien sûr, l'âge fragilise les plus beaux édifices mais sous une écorce un peu abrupte, il y a un coeur d'enfant, une tendresse généreuse qui partage sans compter un florilège de souvenirs multicolores.
Il est devenu un peu dur de la feuille, c'est normal, mais vous pouvez toujours lui poser toutes les questions que vous souhaitez sur notre histoire, la branche qu'il préfère sans conteste, vous en percevrez sans aucun mal le bourgeonnement des réponses.

La bonne tisane dont il a le secret et qui apaise jusqu'à la floraison des rêves nous offre avec délicatesse le parfum des images du terroir.
Il nous conte nos jeux d'enfants, nos petites bêtises de gamins en quête d'aventures parfois un peu téméraires...
Il évoque nos rentrées scolaires, nos petites sandalettes qui, comme tant d'autres, usaient irrémédiablement la pierre bleue du grand escalier de l'école...

Il imite, en inclinant le tronc, l'agitation qui animait les rencontres de jeu de balle...
Il ouvre de grands yeux quand il décrit avec enthousiasme les innombrables lundis de Pentecôte et les vibrations ancestrales des tambours de nos convictions...
Il revit chaque année la fête du village et nous parle avec bonheur des odeurs de croustillons, du rythme effréné de la musique d'aujourd'hui et de la nostalgie de l'accordéon d'hier. La jeunesse peut le solliciter, il est toujours volontaire pour accueillir sur la place les forains aux mille lumières qui égayent la soirée ponctuée par la trompette des autos tamponneuses...
Il a vu des soldats en temps de guerre et des larmes autour des corbillards, certes, mais il préfère sans nul doute nous conter le printemps des mariages et le bonheur des cloches des baptêmes...

Ne nous abandonne pas, cher vieux copain à nous tous, tu dois rester plus fort que le temps !
Les orages de la vie on brisé ta prestance mais tu vis toujours...
Tes racines sont profondément ancrées dans le sol de notre berceau et la sève y est encore source de vigueur.
Tu peux te redresser, nous prendrons bien soin de toi car nous ne pouvons nous passer de tes histoires.

Et si un jour, malgré tout, l'implacable fatalité du temps t'effaçait de notre paysage, on pourrait imaginer, là où tu as si longtemps vécu, un petite pierre de mémoire avec ces quelques mots gravés d'émotion :
« A notre vieux copain, Monsieur Letilleul de la Place de Gougnies »...

Mais Dieu merci, on n'en est pas encore là !



La petite chronique du mois d'août




Quand ils partaient de bon matin,
Quand ils partaient sur les chemins,
Ils étaient quelques bons copains...

Yves, Sophie, Pierre et les autres...

Yves montant, Sophie démarrait et Pierre freinait !

Oui bon, on connaît la chanson, elle est un bien sympathique et romantique éloge à l'égard de l'arrière-petite-fille de la draisienne dont Léonard de Vinci esquissait déjà l'idée au XVe siècle...

Le « cyclopède » (ce n'est pas un calembour...) contemporain nous parle d'un « véhicule terrestre composé de deux roues alignées » ! Il ajoute, ce qui me paraît logique mais non dénué d'humour, que la force motrice de la machine est fournie par un « cycliste ». Ca, beaucoup d'entre nous on pu le constater et remercier le concepteur de l'engin d'avoir aligné les deux roues !

Ceci dit, la « petite reine » d'aujourd'hui a bien changé. Afin d'arpenter avec enthousiasme les hauts-plateaux de l'Entre-Sambre-et-Meuse, une multitude de petits plateaux offrent à l'amateur d'effort la possibilité de briller dans l'art de vaincre les côtes les plus sévères sans mettre pied à terre, même si Paulette n'est plus là ! Le chêne Sainte-Rolende est le témoin des innombrables « ouf ! » émis par les amateurs du dimanche matin après l'ascension du chemin des sources.

Mais si le VTT a atteint de nos jours des capacités techniques particulièrement performantes, il n'en reste pas moins un merveilleux outil pour découvrir et savourer notre environnement.

Les chemins de campagne et les sentiers boisés que notre belle région met généreusement à notre disposition nous invitent en toute simplicité à communier avec la nature. Et cela en perdant des calories, ce qui, à l'époque des McDonald's, n'est certes pas négligeable.

Le mois d'août semble convenir parfaitement à l'exercice de cette belle activité.

Quand le soleil se veut généreux, il nous darde ses « rayons » et, dans le « cadre » de nos champs, sèche le foin que l'on ne ramasse plus à la « fourche »... Décidément, le mois d'août aime le vélo !

Si le temps est sec, le vététiste s'emplit les poumons des parfums de moisson.

Si notre pays ne faillit pas à sa réputation et nous arrose allègrement dans un système dépressionnaire, le spécialiste de la pédale accroche les grosses galettes de ses pneus dans la gadoue. Il se livre alors à un exercice plus... technique. L'absence de garde-boue a tôt fait de le rendre méconnaissable et c'est la renaissance d'un plaisir infantile à l'époque réprimandé, celui de jouer dans la berdouille... Ah mais oui, c'était aussi parfois autorisé au cours du service militaire.

Au retour, la machine et son pilote nécessitent un bon lavage qui, en aucun cas, ne rétrécit l'étoffe d'un bon randonneur.

Et puis... le vélo c'est aussi l'affaire des copains, du bonheur de se retrouver et de partager une saine activité.

Après ces quelques heures de dépense physique en symbiose avec notre terroir, la complicité s'épanouit à la table de l'amitié. Le vététiste de chez nous ne se dope pas avant l'épreuve ! C'est à l'issue de celle-ci qu'il se permet de consommer des produits énergisants, compléments alimentaires vivement recommandés et concoctés de manière absolument naturelle et artisanale par des moines trappistes...









La petite chronique du mois de juillet.





Quand le vent nous vient de l'est, je les observe...

Ils passent majestueusement au-dessus du « Tambour », mon quartier, et se dirigent vers Jumet pour prendre l'axe de la piste de Charleroi.

En cette période de vacances, ces 737 irlandais offrent aux nostalgiques de l'Italie l'opportunité bien agréable de se badigeonner le moral de soleil, de couleurs, de lumière aux parfums méditerranéens...

J'imagine des passagers en bermuda et tee-shirt exhalant encore les essences capiteuses de produits solaires. Le bronzage manifeste rassure les amateurs de vin de Toscane, le raisin sera gorgé de soleil...

Après un petit tour penché à Pise ou quelques soupirs exprimés en fin de séjour sur un pont de Venise, nos touristes rentrent au bercail. Dès les premiers pas sur le tarmac carolorégien, ils doivent forcément admettre que l'hôtesse avait raison en évoquant d'une voix suave au micro l'écart de température qui donne envie de remonter dans l'avion...

Mais le coeur bat au rythme des beaux souvenirs et on se réjouit de se les raconter autour d'une bouteille de Chianti, le vermeil italien qui sent bon l'été...

Dans mon ciel, typiquement blanc bleu belge (j'aime bien cette expression, ça fait un effet boeuf !), une autre spécialiste du vol semble vouloir me rassurer... Finalement, juillet, c'est sympa aussi dans notre campagne !

Elle est une véritable experte dans l'art du vol stationnaire. On comprend pourquoi elle a donné son nom à un célèbre hélicoptère de gendarmerie car sa technique lui permet de garder une certaine altitude pour surveiller son territoire. Et puis son chant... Le chant que j'ai envie de baptiser « le chant des champs » tant il évoque la moisson, l'été, les fossés joliment décorés de coquelicots et autres fleurs de chez nous.

Non alouette, je t'en fais le serment, je ne te plumerai ni le bec, ni la tête, ni la queue.
Je me contenterai de t'observer, comme les Boeing des vacanciers...
Et s'il me venait l'envie de dépenser quelques plumes, Charleroi n'est pas loin et à deux heures de vol de l'Italie...





La petite chronique du mois de juin.



L'épilogue de l'année scolaire engendrait pour nous un double sentiment.

D'une part, il y avait cette joie pétillante qui fleurissait à la porte des grandes vacances et d'autre part, une inquiétude légitime mais adroitement dissimulée dans les ressources de notre enthousiasme de gamin. A la rentrée, l'école du village allait s'inscrire dans le chapitre de nos premiers souvenirs d'enfance et nous devrions alors affronter l'inconnu, en ville, loin de nos habitudes...

Ceci dit, présenté sous la forme d'une promotion, ce passage s'inscrivait dans le cadre de cette très ancienne formule éducative : « Maintenant, tu es un grand garçon ! »...

Finalement, la nostalgie de notre petite école s'avérait également bien présente dans le coeur de nos parents qui subissaient cette très ancienne formule axiomatique : « Ca, ça ne nous rajeunit pas ! »...
Mais leur inquiétude concernant la rentrée était tout à fait relative car ils ne devraient pas camper devant les établissements d'enseignement secondaire pour nous y trouver une petite place !

Et puis, le dernier jour de présence en classe parmi les essences de cuir, de bois verni et les vapeurs encore bien présentes de la machine à polycopier les questions d'examens, avait malgré tout un caractère très solennel soigneusement attisé par nos responsables éducatifs.

Tout l'état-major était au rendez-vous...

L'instituteur, fier de ses ouailles, arborait un large sourire et un visage lumineux comme la perspective toute proche des vacances au soleil.

La présence de Monsieur le Curé était alors sacrement, la confirmation que si le maître d'école s'en était bien sorti avec nous, c'est qu'il avait eu l'aide du Saint-Esprit. L'officier du culte portait l'uniforme réglementaire de l'époque : imposante soutane au parfums d'encens que j'appellerais aujourd'hui « varicelle », tant il y avait de boutons, et le petit chapeau en forme de gâteau enrobé d'une feuille de massepain repliée aux quatre coins. Cerise sur le gâteau, c'est le cas de le dire, un petit pompon faisait office de fruit confit.

La sécurité était assurée par le garde-champêtre, le képi parfaitement ajusté et les accessoires policiers soigneusement astiqués. Pas question de chahuter, nous aurions été verbalisés...

Accompagné de son précieux secrétaire communal, le Bourgmestre nous remettait à chacun un dictionnaire « Petit Larousse illustré ». Sur la première page, juste avant la préface, une belle écriture calligraphiée à la plume allait nous rappeler des années durant que l'école de village est un chapitre fondamental de notre vie... « Offert par l'Administration Communale de Gougnies en souvenir de votre passage dans nos écoles ! ». Je l'ai toujours...

Enfin, c'était les vacances...

Une chansonnette ancestrale égayait autrefois cet instant magique :

« Vive les vacances,
Plus de pénitences,
Les cahiers au feu
Les profs au milieu ! »

Bon, restons sérieux, il eût été dommage de détruire des cahiers qui, de longues années plus tard, allaient surgir du passé sous la poussière d'une caisse rangée dans le grenier ! On ne pouvait prendre le risque de passer à côté d'une telle émotion...

Et puis, « les profs au milieu » ?

Ben tiens ! Bien téméraire eût été celui qui, sans que quiconque osât le contredire, aurait entrepris d'allumer le feu (j'en jaunis à l'idée) aux fesses du maître des conjugaisons...


La petite chronique du mois de mai.






Les délicates clochettes blanches s'épanouissent dans un parfum subtil de sincérité comme les lettres du mot "amour"... Le porte-bonheur rayonne entre les doigts un peu maladroits de celui qui, en toute simplicité, ouvre la porte de son coeur pour partager ses sentiments. Point d'emphase inutile, un geste clair, un brin de muguet à offrir, humblement mais avec la force incomparable des élans les plus profonds, les plus généreux... Clochettes de bonheur qui tintent comme un carillon printanier...

... C'est le mois de la délicatesse !

Un dimanche matin... Le gosse a quitté le royaume de Morphée depuis le lever du soleil. Manifestement, une fébrilité particulière a bousculé le rituel de la grasse matinée dominicale. La sympathique excitation de ce petit bonhomme est légitime. Même les marsupilamis qui décorent son pyjama semblent complices de l'instant. Les pas feutrés des petites pantoufles douillettes permettent au gamin de s'approcher discrètement de la chambre parentale pour y guetter le moindre signe de réveil. Et puis soudain, son coeur se met à battre la chamade. Ils ont bougé ! Lui, il attend ce moment depuis plus d'une semaine. Le bricolage confectionné avec tout son coeur sous la houlette de l'institutrice est devenu la huitième merveille du monde. Le papier coloré qui emballe le chef-d'oeuvre est maintenu par un joli ruban sur lequel il a soigneusement enfilé un petit coeur avec ces quelques mots : "pour maman !"... Le couple vient à peine d'ouvrir les yeux, le gamin saute sur le grand lit et tend le petit cadeau à sa maman... Ses joues ont la couleur qui invite les gros baisers et ses yeux offrent des diamants dignes des plus beaux bijoux...

... C'est le mois de la tendresse !

Le terroir aussi célèbre la fête... Il offre à sa mère nature le plus majestueux cadeau qu'il nous est donné, chaque année, d'admirer sans compter. Les vergers, les mottes de nos anciennes carrières, les jardins et les champs distribuent généreusement les teintes fraîches qui mettent en exergue la beauté du pays des Rolendiens. C'est un spectacle auquel nous sommes chaleureusement invités et il serait impensable de ne point y assister...

... C'est le mois des couleurs !

Et puis en mai, d'autres espèces typiques de notre région bourgeonnent autour de nos clochers. De très beaux spécimens de "vitouletus pentecotus caracteristicus" éclosent sur les tables du folklore et la "p'titegoutte cantinière" fleurit parmi les dentelles des jolies demoiselles aux épaulettes dorées. Ces richesses naturelles locales sont rigoureusement protégées et, si certains prônent malgré tout la modération, nul n'ignore leurs vertus magiques dans le cadre d'une thérapie contre la morosité...

... C'est le mois de la convivialité !

L'apothéose... Le soleil qui joue avec le laiton, les couleurs chatoyantes des uniformes, le vent qui taquine malicieusement la majestueuse légèreté des plumets, le recueillement des pèlerins autour du reliquaire flamboyant, c'est toute une région qui vit de la sève puisée par ses racines dans le sol riche d'une profonde dévotion. C'est la fierté d'être Rolendien et la conviction d'être né au bon endroit...

... C'est le mois des émotions !

Et puis... Chut ! Vous l'entendez ? Mais oui, c'est le coucou qui chante dans le bois de Scu !

Voyons, oui, j'ai une pièce en poche... Ouf ! Parce que, hum ! C'est aussi un mois de dépenses...




La petite chronique d'avril.






Depuis notre enfance, nous guettons leur retour.

Dès que les essences du printemps offrent à notre organisme la magie du renouveau, notre regard scrute le ciel... Chacun veut être le premier à les avoir aperçues. Et puis un jour de soleil, elles apparaissent enfin.

Ces merveilleuses messagères de la sérénité printanière exécutent entre les nuages les premières figures de voltige aérienne dédiées au bon accueil que leur réserve notre terroir.

Nos souvenirs d'enfance évoquent la portée dessinée par les fils tendus entre les poteaux de bois. Les hirondelles étaient alors les notes d'une partition écrite par la nature pour la symphonie du beau temps...

De nos jours, le réseau chargé de la distribution de l'énergie et des communications fait fi de notre poésie innée, mais les hirondelles s'y sont accommodées pour notre plus grand plaisir. Elles n'ont vraiment aucune rancune... Notre monde les empoisonne au pesticide et coule du béton là où elles trouvaient autrefois la boue nécessaire à la construction de leur nid. Celui-ci est un véritable chef-d'oeuvre d'architecture et pourtant, n'appréciant pas spécialement les cartes de visite que nous laissent nos sympathiques passereaux sur les tablettes des fenêtres, certains les détruisent... Et c'est interdit !

Mais l'hirondelle à bon caractère et trisse joyeusement dans le ciel d'Entre-Sambre-et-Meuse pour égayer notre printemps.

C'est chez nous, après un hiver en Afrique où elle s'est engraissée de moustiques halal, que cette charmante demoiselle s'accouple avec le souci bien légitime d'assurer la pérennité de son espèce. Vraiment, notre région est une terre d'accueil !

Mais il est une autre messagère emblématique des premiers beaux jours.

Celle-là, elle ne migre pas, elle reste chez nous soigneusement calfeutrée pour passer l'hiver dans les meilleures conditions possibles.

Lorsque le soleil s'avère généreux, l'hirondelle prend de l'altitude pour y assouvir son instinct d'insectivore et alimenter sa progéniture.

Notre autre messagère, quand il fait beau, elle rase le sol...

L'hirondelle se contente de quelques grammes de graisse pour franchir les milliers de kilomètres de sa migration.

Notre autre messagère est beaucoup plus gourmande...

Ah oui, j'oubliais, si l'hirondelle trisse harmonieusement, notre autre messagère, elle, pétarade... Ce qui d'ailleurs ne lui confère pas spécialement une bonne réputation le dimanche matin !

Cette messagère du printemps que vous avez certainement reconnue a cependant un côté bien sympathique... Après son passage, apparaît le petit rosé bien frais !

Ah ! Notre chère tondeuse à gazon !




Le 1er mars 2013 : La petite chronique de mars


Elle était chaleureuse, notre école du village...

Nous devenions les moins petits de la maternelle et madame Coster nous offrait plus fréquemment l'occasion d'exprimer nos talents. Notre enfance s'épanouissait dans le cadre des premiers chiffres et lettres et mettait en exergue les dons artistiques naturels développés par les gènes du terroir.

A la fin de l'hiver, l'institutrice nous confiait une mission annonciatrice de jours meilleurs, le coloriage minutieux des perce-neige. Cette sympathique fleurette emblématique de l'agonie de la froidure éveillait en nous l'âme de la poésie. Des éducateurs plus cartésiens y auraient vu une approche scientifique de la botanique et des adeptes de l'écologie une première prise de conscience de l'importance de la connaissance de son environnement et du respect de celui-ci...

Mais bof ! Pour nous, les perce-neige étaient simplement les petites fleurs de nos jardins, victorieuses de l'hiver, qui annonçaient les proches vacances de Pâques et qui finalement n'étaient pas trop difficiles à colorier.

La pointe du pinceau absorbait dans le gobelet la goutte d'eau nécessaire à la dissolution de la gouache et l'appliquait sur le papier fort en veillant à ne pas dépasser les lignes. Le bout de la langue chatouillait les commissures des lèvres de nos binettes de bambins pour assurer l'extrême application indispensable à la réussite de l'oeuvre. Moment de détente pour la maîtresse car cette exaltation artistique s'accompagnait généralement d'un silence magique...

Chacun d'entre nous calligraphiait ensuite son prénom au bas du dessin et celui-ci était punaisé sur le mur de la classe, exposition permanente de nos chefs-d'oeuvre enfantins.

La gouache n'avait pas le temps de sécher dans les petits pots. Les mêmes couleurs servaient à nouveau en mai pour le muguet.

Plus tard, les perce-neige réapparaîtront dans le programme scolaire, florissant sur le terrain piégé des dictées truffées de difficultés orthographiques. Nous allions apprendre que si les perce-neige acceptaient les deux genres, ils (ou elles) ne supportaient pas la présence du « s »... On avait intérêt à s'en souvenir car monsieur Maquet ne plaisantait pas avec l'orthographe et ce, avec raison. Les perce-neige mal écrits pouvaient s'accompagner d'une forme de veau de mars bien personnelle à l'instituteur, la giboulée de verbes à conjuguer à la maison, le soir, avec, à l'époque, la bénédiction paternelle...

Quand, à l'occasion d'une balade dans le village, je vois des perce-neige vaincre la terre encore gelée de nos jardins, j'imagine le pinceau de l'école dont la pointe est enduite de cette gouache blanche qui nous dessine notre enfance.

Mais l'image s'estompe. De gros nuages noirs nous viennent de la campagne villersoise. Le vent de l'ouest pousse vers nous le veau de mars qui, en quelques minutes, joue son rigodon de grêlons sur les toits de nos maisons. Les perce-neige ont l'habitude... Heureusement, car on entend la cloche de Gerpinnes... Il en viendra encore ! Elle se trompe rarement, la grosse Emilie-Marie ! Elle peut nous enchanter lorsqu'elle triboule à trois heures du matin le lundi de Pentecôte, mais elle peut aussi s'avérer pessimiste au niveau de la météo. Emotions du terroir...

Le jeudi avant Pâques, elle partira avec toutes ses collègues de l'entité pour Rome. Ça aussi, c'est un souvenir d'enfance ! Emilie-Marie en chef d'escadrille et toutes ses ailières reviendront pour la fête pascale, des oeufs en chocolat sous leur robe de bronze. Berthe retrouvera notre beau clocher et le printemps pourra commencer...





Le 1er février 2013 : La petite chronique de février



Confortablement installé dans mon fauteuil, j'avais le choix entre deux spectacles.

D'une part, sur le petit écran, Ophélie et Jonathan informaient en quinze minutes les airtébéistes. Ils annonçaient avec un sérieux journalistique qu'après un pipi de burgemeester, Bart De Wever avait tiré la chasse avec toute l'énergie d'un nationaliste et avait rompu le cordon sanitaire des latrines communales.

D'autre part, dans la cheminée, les flammes lumineuses d'une bûche se consumant dansaient une samba endiablée en m'offrant une chaleur rassérénante.

Petits bonheurs... « Home, sweet home » diraient les fidèles sujets de sa Gracieuse Majesté...

C'est alors qu'elles me parvinrent. Des substances volatiles venant de la cuisine titillaient mes muqueuses nasales et rappelaient à mon cortex qu'il y avait une autre manière de s'informer de l'actualité. Nul besoin d'un quart d'heure de publicité et de météo pour annoncer... Le jour des crêpes ! Sans aucun doute, notre odorat est un média fiable !
C'est du bon sens quoi !



Frappé de plein fouet par l'irrésistible curiosité de la gourmandise, je quittai mon fauteuil pour assister en salivant à la scène emblématique de l'ancestral spectacle.

Dans la poêle bien chaude, le trésor fermier des ruminantes princesses de nos campagnes chantait en fondant pour appeler la pâte. L'appât à pâte quoi... Et moi j'étais épaté par cet appât à pâte ! Je m' imaginais prédateur, prêt à tomber dans le piège à gloutons, en pleine excitation olfactive et attiré irrémédiablement par le leurre. C'est sûrement pour cela qu'on appelle ce moment « chant de leurre »...

La pâte onctueuse envahissait alors le territoire du beurre fondu et la symphonie culinaire se faisait plus discrète. Au niveau de l'exhalaison des bonnes odeurs... C'était l'apothéose. La crêpe prenait de bien agréables formes laissant supposer que mon cordon bleu n'avait pas lésiné sur la bonne marchandise et donc... Les calories ! Je fus juste un peu déçu par la manoeuvre de retournement. Je m'attendais à voir virevolter la crêpe comme dans les cuisines étoilées, mais mon artiste à moi, elle est plutôt prudente et utilise des ustensiles prévus à cet effet. Et finalement, il n'y a que dans les bandes dessinées que les crêpes se collent au plafond et retombent quelques minutes plus tard sur la tête du marmiton en faisant « flop ! ».

Je vous préviens, l'épilogue est sensuel ! Il met en exergue le caractère jouissif de la dégustation.
Il y a l'effet croquant de la cassonade généreusement étalée sur la crêpe avant de la rouler et qui chatouille les gencives quand la mastication porte l'estocade à la pâte moelleuse. Personnellement, j'ai gardé de mon enfance le souvenir d'un périlleux exercice qui consistait à maintenir le maximum de confiture aux fraises dans les crêpes de mes grand-mères. Ca sentait bon le terroir et, pour en utiliser le langage, je dirais que sans « bleffer », il fallait empêcher la confiture de « brotcher ».
Aujourd'hui, en plus, pour ne pas « astruquer », j'accompagne mes « vautes » d'une bonne «jatte » de cidre fermier...




Le 12 janvier 2013 : la petite chronique du mois ...




Comme beaucoup d'entre vous j'éprouve réellement de la sympathie pour les petits
passereaux de nos régions qui égaient toute l'année la vie arboricole des jardins.

En hiver, je suspends à quelques branches visibles des mes fenêtres des boules de
graisse incrustées de petites graines afin d'offrir aux mésanges qui nous sont
familières de bonnes raisons d'apprécier l'hospitalité du terroir.

La nouvelle va vite ! Comme à l'ouverture d'une nouvelle friterie au pays d'Eugène
et du tram 33, la clientèle ne se fait pas attendre. De l'aube à l'aurore,
les mésanges affluent et, en zinzinulant gaiement, font le plein de calories. C'est joli à voir
et les oiseaux semblent partager cette aubaine en parfaite harmonie...

Mais... Lorsque le petit filet contenant la précieuse nourriture se vide... Quand il ne
reste que quelques miettes à picorer... Et bien ces charmantes créatures semblent
perdre totalement le sens du partage en famille ! Et ça se chamaille, ça piaille
d'agressivité en agitant énergiquement les ailes au détriment parfois d'une plume !

Ceci dit, c'est amusant à observer et je ne peux m'empêcher de penser que,
finalement, ces comportements sont tellement... Humains !

Mais oui, réfléchissez ! Au moment où je rédige ces quelques lignes, que se passe-t-il?
?
Mais ce sont les soldes, bien sûr !

Et lorsque ces drôles d'oiseaux se disputent le dernier soutien-gorge soldé à 50 %...
ça se chamaille, ça piaille d'agressivité en agitant énergiquement les bras
au détriment parfois de la bonne éducation !

Alors je me dis que les académiciens qui avalisent certaines expressions populaires
nourrissent comme moi les mésanges en hiver ou accompagnent leur épouse aux soldes.
C'est ainsi que naissent les termes expressifs comme « se voler dans les plumes »,
« avoir une prise de bec », « se donner des noms d'oiseaux »
et... (celle-là, j'hésite !) « Cervelle d'oiseau »...

Enfin bon, la plupart de nos gentilles mésanges ont une bonne éducation et les drôles
d'oiseaux dont je parle feraient bien d'en prendre de la graine !



Le 6 décembre 2012


Saint Nicolas fait les bons mariages, guérit de la fièvre et de la rage...

De la magie des traditions renaissent depuis toujours

Les fêtes de lumière, sources d'amitié, nids d'amour.

C'est le mois sacré où les coeurs battent à la cadence

Des notes qui réchauffent l'âme et chantent l'espérance.

C'est le temps des cadeaux, joyeuse invitation à festoyer,

A simplement se regarder et se souhaiter santé et paix...




Novembre 2012




Le vent de novembre arrache la dernière feuille...

Mais tapi dans la brume ouatée de délicate fraîcheur,

Novembre murmure le chant discret du vent du coeur.

Le souffle sensible des souvenirs caresse avec émotion

Les lettres nobles de notre histoire écrite avec passion.

Quand les feuilles dorées prennent leur envol tourbillonnant,

Du grand livre des hommes, tournent les pages en frissonnant.

Fidèle à ses traditions, le vent de novembre dénude la forêt,

Fidèle à notre mémoire, le vent du coeur nous habille de respect.


Octobre 2012




En octobre, qui n'a pas de manteau

Doit en trouver un bientôt...




Le bois de Scu, dont chaque mois exalte le charme

Revêt le manteau ocré par les feuilles de ses charmes.

Le bois de Scu qui, sur le sentier du joli, jamais ne freine

Revêt le manteau doré par les feuilles de ses frênes.

Le bois de Scu que l'histoire à notre terroir enchaîne

Revêt le manteau parfumé par les feuilles de ses chênes.

Le bois de Scu offrant baies et noisettes aux écureuils boulots

Revêt le manteau chatoyant aux mille feuilles de ses bouleaux.

Le bois de Scu dont les essences colorées ravissent les marcheurs

Revêt le manteau de fête en l'honneur du Tour des Marcheurs...



Septembre 2012



Bel automne vient plus souvent que beau printemps...

Le printemps est passé à travers le souffle du vent,
Il s'est fait discret, comme s'il n'avait pas le temps.
De sa présence, il nous honora juste un moment,
Car à Rolende, il voue de profonds sentiments.
Bel automne, viens chez nous en costume élégant,
Tissé de soleil et couleurs, à la fête des petits et grands...



Août 2012




En août,
Le vent est fou.

Le vent espiègle taquine les jeunes fruits
Quand du soleil ils reçoivent leurs coloris.
Le vent grand ténor du célèbre prélude d'août
Couvre dans la forêt les dernières notes du coucou.
Le vent de l' Endurance, en parfait herboriste,
Exhale les parfums naturels qui dopent les vététistes...




Juillet 2012



On ne sait si juillet est bon
Qu'après faite la moisson...

Que mûrisse au jardin des houbhayettes
La joie d'une amitié au parfum de brochettes.
Que le chant léger des gentilles alouettes
Egaye sous le soleil la balade en bicyclette.
Ornée de coquelicots à la vermeille collerette
La moisson de bonheur fera de juillet une fête...


Juin 2012



Au mois de juin, quand les ânes se secouent l'oreille,
C'est signe qu'il pleuvra à merveille...

Devant le tableau noir des examens,
De petit bonnet d'âne il ne faut point.
Que la maîtresse n'ait oreille à secouer,
Cela pourrait pâlir notre soleil d'été.
Ecoliers sous la houlette des cariotîs,
Encore un effort, c'est bientôt fini...

Mai 2012




Fraîcheur et rosée de mai,
Vin à la vigne et froid au pré.

Fraîcheur du rosé de mai,
Vin de fête et chaude amitié.
Dans les jardins du folklore,
Rutilent les galons de fil d'or.
Couleurs du pays des Rolendiens,
Soleil du jour, brume du lendemain...

Avril 2012




Quand avril tombent les oeufs décorés,
Petit gourmand répare le fond de ton panier !
Quand avril casse le verre,
Marcheur répare le cuir de ta mentonnière !
Quand avril revient la douceur,
Jardinier répare le pneu de ton motoculteur...



Mars 2012



Alors faisons grand bruit pour que sans tarder
L'hiver de sa porte gelée tourne enfin la clef.
Qu'autour d'un grand feu vif comme l'éclair,
La grosse caisse vibre en coups de tonnerre.
Riez, dansez, le printemps bientôt reviendra,
Des couleurs du cortège, une parure il fera.


Février 2012



Le jour de Saint-Valentin est jour de bonheur,
L'amour se chante, l'amour prend vigueur,
Si tu sais bien dans le vent tenir la voile,
A toi le trésor de riches moments partagés,
Mais gare à la foudre qui déchire la toile,
Si dans le tableau, tu mets un pied de côté !


Meilleurs Voeux






Décembre 2011





Novembre 2011





Octobre 2011





Septembre 2011





Août 2011


Aout 2011

Juillet 2011


Juillet 2011

Juin 2011


Juin 2011

Mai 2011



Mai 2011

Avril 2011


Avril 2011

Mars 2011


Mars 2011


Février 2011


Février 2011

Janvier 2011


Janvier 2011

Décembre 2010

Décembre 2010
Montage Arnaud T.

Novembre 2010

Novembre 2010
Montage Arnaud T.


Octobre 2010

Octobre 2010
Document photographique daté du 02/08/1904 - Collection Aline Cabut



Septembre 2010

Septembre 2010
Montage Arnaud T


Août 2010


Août 2010
Photo Rita B


Juillet 2010


Juillet 2010
Les bricolages réalisés cette année par les élèves des classes de 5e et 6e. - Montage Arnaud Tombelle


Juin 2010


Juin 2010
Photo Rita B


Mai 2010

Avril 2010
Voici, en ce mois où nous vivrons une Pentecôte de plus, ce qui est peut-être le plus ancien document photographique que nous proposons sur le site à propos des marches. Son intérêt est qu'il est nettement daté. Cette carte postale qui fait partie de la collection de Christian Hébrant et a été rafraîchie par Arnaud Tombelle, a été adressée par " Tante F " à " M. Paul Meunier étudiant à Nalinnes ". Elle a été postée le 28 août 1912.


Avril 2010

Avril 2010


Mars 2010




Février 2010




Janvier 2010



Voeux 2009




Décembre 2009





Novembre 2009





Octobre 2009





Septembre 2009


School Room
School Room By Rob Shenk



Août 2009





Juillet 2009




Un peu de patience, le premier chargement peut prendre quelques minutes (mais ça vaut la peine !)








Juin 2009










Mai 2009


Lilies of the Valley




Avril 2009










Mars 2009








Février 2009










Janvier 2009









Décembre 2008










Novembre 2008










Octobre 2008









Septembre 2008








Août 2008







Juillet 2008










Juin 2008










Mai 2008








Avril 2008









Mars 2008









Février 2008











Janvier 2008










Décembre 2007








Gougnies.be

retour en haut
Commentaires
Par Pol le lundi 07 juillet 2014 à 09h05
La chronique de ce mois de juillet me fait penser à un petit dicton :
"Celui qui ne voit pas la rosée du matin est peut-être la victime du rosé de la veille"
Par Pol le vendredi 12 novembre 2010 à 10h12
Pour Philippe,
Je fais suivre votre message à l'intéressée
Amitiés gougnaciennes
Par Philippe le jeudi 11 novembre 2010 à 19h55
Je suis émerveillé par les aquarelles de Mme Beaurain !
Donne t-elle des stages ? Je suis amateur dans le domaine...
email : phidel.23@orange.fr
merci et bonne continuation
Phil
Par jm le jeudi 09 septembre 2010 à 21h48
La grande dame du village sise rue de l'Escuchau ,3 remercie les cinq cents marcheurs,les consommateurs de patisseries et de bonnes bières,sans oublier les bénévoles, qui en ce magnifique dimanche 5 septembre ont contribuer aux futurs travaux qui lui permettront de devenir bien vite encore un peu plus conviviale.
Grand merci à tous et à l'année prochaine le 28 août.

Par jean le mercredi 02 décembre 2009 à 08h59
J'aime beaucoup la photo de Rita G. sur la page d'accueil de décembre 2009. Avez-vous remarqué que la neige donne une autre perspective au panorama ? Les fermes semblent si proches et on a l'impression qu'il suffirait de faire "coucou !" pour que nos voisins de Fromiée se retournent... Et puis, cette image de l'église sous ce ciel de neige me rappelle les hivers de mon enfance, les soirées en traîneau, les après-midi de patro que les frileux adeptes du game-boy n'apprécieraient peut-être plus aujourd'hui... Dommage que notre clocher ait perdu ses pinacles ! Qui sait, on peut rêver qu'un jour... par un tour de magie budgétaire....
Par Vandenborre Viviane le mercredi 08 juillet 2009 à 17h54
J'ai été très heureuse de découvrir tes aquarelles qui sont vraiment très réussies (de pures merveilles) et je serais également enchantée d'avoir de tes nouvelles.
Nous étions aux Beaux Arts de Namur en 1970.

En attendant, reçois mon meilleur bonjour et bonne continuation.

Une ancienne condisciple
Par emile wouters le mardi 28 octobre 2008 à 10h04
Superbe découverte des oeuvres d'une artiste qui se cache dans un charmant village appelé Gougnies. C'est bien toi Rita, discrète c'est pourquoi nous t'aimons tant.

Monique, émile
Par stefan le mardi 18 mars 2008 à 16h12

et bien rita tes aquarelles me font bonne impression chapeau et grand merci c est tres bien felicitation nous avons aprecier ma maman et moi. JE NE SAVAIT PAS QUE TU PEIGNAIS BRAVO
Par Lolo le vendredi 01 février 2008 à 15h42
très belle nouvelle page d´accueil ! Bien à l´image de la vie de "gougnies sait faire la fête"
j´envoie un grand bravo à l´artiste - monteur/photos ainsi qu´un compliment tout particulier à Jean pour ses textes toujours aussi plaisants à lire.
ciao und Tschüß, lolo
Par françoise le lundi 14 janvier 2008 à 13h25
Quand pourra-t-on découvrir une exposition de tes oeuvres ? Celle-ci est superbe tt comme la précédente .
Félicitations !
Meilleurs voeux pour 2008 à tous .
A bientôt

Françoise , la soeur de Lolo
Par Christine le jeudi 03 janvier 2008 à 00h28
Seconde aquarelle ... également très belle, Rita ! ....
Avec, à nouveau, une merveilleuse petite note poétique de Jean ...
Quel plaisir d'être entourés de tels artistes !

Par willy le mercredi 02 janvier 2008 à 17h42
Un brin de poésie,c'est du meilleure augure pour 2008 bravo et merci aux auteurs
Par Lolo le mercredi 02 janvier 2008 à 09h44
bonjour rita,
j´avais déjà beaucoup aimé " là où sont mes racines" et voici que c´la continue avec une nouvelle aquarelle et l´ouverture de ce nouveau dossier. Un tout grand merci et bravo à toi ET aussi à Jean Marcelle pour ses textes délicieux à déguster
Danke,Prima aussi à gougnies .be. Sans lui que ferions nous? -plus possible-!
bise et je redemande encore, encore et encore des aquarelles et des textes
lolo
Ajoutez un commentaire :
Conditions d'utilisation
Votre nom :

Votre commentaire :
retour en haut